Mauritania UNDERGROUND

Moyen-Orient ... Son Histoire

 

 

La domestication des céréales, au VIIe millénaire av. J.-C., a permis la sédentarisation et la création de villages, bien avant que la région ne devienne le berceau des trois grandes religions du Livre. Aux confins de la Méditerranée orientale se sont succédé de grandes constructions territoriales qui ont laissé des empreintes durables. Les premiers empires s'édifient en Mésopotamie du IVe au IIe millénaire av. J.-C. Leurs fondements résultent d'une osmose culturelle entre les groupes sumérien, sémite, hittite et hourrite. L'Égypte pharaonique s'unifie à partir du IIIe millénaire av. J.-C. L'Empire assyrien se constitue au cours du Ier millénaire av. J.-C. Une partie de la région connaît ensuite les colonisations hellénique puis romaine. Avec la construction de l'Empire arabe (660-1258), la civilisation arabo-musulmane confère au Moyen-Orient ses traits fondés sur l'expansion de l'islam et la pratique de l'arabe, la langue du Coran. Du XIVe à l'aube du XXe siècle, l'Empire ottoman, la dernière construction d'envergure, ne s'étend pas sur toute la région : la Perse et l'Afghanistan restent indépendants et la partie intérieure de la péninsule arabique échappe à son influence.

 

La construction territoriale du Moyen-Orient contemporain résulte, d'une part, de l'effondrement de l'Empire ottoman au lendemain du premier conflit mondial, et, d'autre part, de l'accession à l'indépendance de territoires encore colonisés à l'issue du second. Elle juxtapose de vieux États-nations, comme l'Égypte et l'Iran, et de jeunes pays dont les frontières résultent de compromis entre les ambitions rivales des anciennes puissances dominantes (Grande-Bretagne, France). Ces frontières, quoiqu'elles furent tracées de manière souvent arbitraire, sont aujourd'hui globalement acceptées et reconnues par l'ensemble des États arabes. Mais, la création de l'État d'Israël (par la résolution de l'ONU du 29 novembre 1947), provoquant l'exode d'un grand nombre de Palestiniens vers les États limitrophes, puis la questions des territoires occupés par Israël à la suite de la guerre des Six-Jours (1967) continuent d'alimenter dans la région un foyer de tensions ininterrompues depuis 1948.


Le contrôle des routes commerciales

L'isthme moyen-oriental met en contact le monde méditerranéen avec l'Asie des moussons. Il correspond, en effet, au passage de grands itinéraires commerciaux pratiqués depuis l'Antiquité. Le percement du canal de Suez, en 1869, a inauguré une nouvelle ère dans la géographie des transports maritimes, la route des Indes, contrôlée par les Européens jusqu'à la nationalisation du canal par Nasser (1956), empruntant depuis lors l'isthme moyen-oriental.

 

Une situation géographique contrastée

En dépit des médiocres conditions offertes à la navigation, les voies maritimes qui conduisent au Moyen-Orient furent très tôt équipées de relais portuaires. Séparation entre l'Afrique et l'Asie, la mer Rouge – du canal de Suez au détroit de Bab al-Mandab – est d'une largeur moyenne de 120 miles. Pour sa part, le golfe Persique, dont l'entrée est commandée par le détroit d'Ormuz, est une dépression submergée peu profonde (moins de 100 m) qui présente de très mauvaises conditions pour la navigation. Sous un climat torride, les côtes y sont basses, médiocres et parfois marécageuses. Les abris sont rares et encombrés de récifs coralliens, les ports menacés par les cordons littoraux, les vents violents et les tempêtes fréquentes. Pourtant, cette «porte de l'Orient», débouché de la Mésopotamie, a toujours été une des mers les plus fréquentées du globe. À la lisière du Croissant fertile, son vaste hinterland bénéficie, en outre, du prolongement des accès maritimes par une route caravanière qui, le long de la vallée du Tigre et au nord de l'actuelle Syrie, reliait le Golfe à Alep, à Antioche et aux Échelles du Levant. C'est par cette double voie d'accès qu'étaient autrefois acheminées les marchandises venues d'Inde, d'Indochine, d'Insulinde, voire aussi les produits provenant de l'Asie centrale par les routes de la soie.

 

L'isthme moyen-oriental n'en a pas moins connu des fortunes diverses. La période la plus faste correspond à celle de l'Empire arabe (VIIe-XIIIe siècle), qui contrôle tous les itinéraires entre l'Orient et l'Occident. C'est le temps des aventuriers, qui servent de modèle à Sindbad le Marin, héros des Mille et Une Nuits, et des négociants levantins, musulmans, chrétiens et juifs. Un déclin relatif survient lorsque les Européens parviennent à éviter le recours aux intermédiaires musulmans en contournant leur domaine par le nord ou le sud. La route mongole, de la mer Noire à Pékin, à la suite de Marco Polo et des marchands génois, est empruntée du XIIe au XIVe siècle. A partir du XVIe siècle, cette voie est supplantée par la route maritime, du cap de Bonne-Espérance, qui permet aux Européens d'établir leur domination sur les escales importantes commandant les débouchés de la mer Rouge et du Golfe. La «région des isthmes» perd alors de sa valeur géopolitique. Une grande partie du trafic entre l'Europe et l'Extrême-Orient lui échappe désormais.

 

Le canal de Suez

Percé par le Français Ferdinand de Lesseps, le canal de Suez, qui relie la Méditerranée à la mer Rouge, est l'une des voies maritimes les plus empruntées. En permettant aux navires d'éviter de contourner l'Afrique par la route du Cap, il peut réduire de 67 % les distances entre l'Asie et l'Europe. Fermé à la circulation après la guerre des Six-Jours (1967), il a été rouvert au trafic en juin 1975. Long de 193 km pour une largeur comprise entre 300 et 350 m, il fait l'objet de travaux d'agrandissement devant permettre l'accès aux navires de 250?000 t. Une soixantaine de bâtiments le traversent chaque jour. Bien qu'il soit doublé par l'oléoduc de la Sumed, les hydrocarbures représentent encore plus du tiers du tonnage transporté (300 millions de tonnes par an). Le trafic nord-sud porte essentiellement sur les produits manufacturés; les produits bruts l'emportent dans le sens inverse.

 

Le Golfe et le détroit d'Ormuz

Dans la première moitié du XXe siècle, la découverte et la mise en exploitation des puits de pétrole en Iran, à Bahreïn, en Iraq, en Arabie Saoudite et dans les Émirats arabes unis, mettant en jeu les intérêts des grands pays consommateurs, ont fait «monter les enchères» sur la région. À la veille de la guerre Iran-Iraq (1980-1988), la moitié du pétrole commercialisé dans le monde, soit 900 millions de tonnes par an, transitait par le détroit d'Ormuz. Cette «veine jugulaire» de l'Occident voit passer 40 % de l'approvisionnement américain en or noir, 85 % de celui du Japon et 60 % de celui de l'Europe occidentale. Le trafic est intense : plus de 150 bâtiments – dont 53 % à vocation pétrolière – y circulent chaque jour. Long de 165 km, le détroit, qui est parsemé de nombreux îlots, est bordé au nord par le littoral iranien, au sud par le sultanat d'Oman. Le trafic s'effectue intégralement à l'intérieur des eaux territoriales omanaises : le sultanat est la «sentinelle du détroit». Le contrôle de cette voie maritime fait naître d'âpres rivalités. En 1971, l'Iran, aspirant à jouer le rôle de «gendarme du Golfe», a occupé les trois îlots stratégiques (Abou Moussa, Grande et Petite Tumb) qui en commandent l'entrée.


Le problème géopolitique

Le Moyen-Orient, où les minorités religieuses restent nombreuses, est une terre massivement musulmane, sunnite à 75 %. La région occupe une position remarquable, à l'intersection des ensembles géolinguistiques sémitiques, altaïques et indo-européens. Mais, alors que le fait minoritaire est d'origine ethnolinguistique dans le monde turco-iranien, il est plutôt lié à la religion dans le Moyen-Orient arabe.

 

Islam et minorités religieuses

Les sunnites, qui sont en quelque sorte les «orthodoxes» de l'islam, fondent leur pratique religieuse sur le Coran et la sunna («tradition du Prophète»). Les chiites, qui forment un groupe hétérodoxe, contestent les conditions dans lesquelles fut assurée la succession de Mahomet. Soutenant que celle-ci doit revenir à un membre de la famille du Prophète, ils choisissent Ali, gendre et neveu de ce dernier, comme imam – dépositaire du sens caché des versets coraniques – et se séparent de la umma («communauté des croyants»). La lignée des imams ne s'est pas maintenue jusqu'à nos jours : le dernier imam, mystérieusement disparu, a été «occulté» et ne reviendra qu'à la «fin des temps». Les chiites, environ 60 millions, se sont divisés selon la lignée des imams dont ils reconnaissent l'autorité. Les plus nombreux sont les duodécimains, ou imamites, qui reconnaissent une suite de douze imams. Ils sont majoritaires en Iran, où le chiisme duodécimain est religion d'État, et en Iraq. Au sud et au nord-est du Liban, à Bahreïn et en Afghanistan, ils constituent de fortes minorités. Une autre minorité est constituée par les ismaéliens, des chiites qui ne reconnaissent que sept imams, le dernier étant Ismail. Soumis à l'autorité spirituelle de l'Agha Khan, ils sont disséminés à travers le Moyen-Orient, mais sont surtout présents en Inde. Les zaydites, qui arrêtent à cinq le nombre d'imams légitimes, constituent une importante communauté dans le nord du Yémen, où ils représentent 55 % de la population. Issus du chiisme, les Alaouites (Syrie) ainsi que les Druzes (Syrie, Liban, Israël) sont à la base de sectes syncrétiques pseudo-islamiques.

 

Les chrétiens moyen-orientaux sont émiettés en différentes Églises, dont la multiplication remonte souvent aux querelles théologiques des premiers siècles du christianisme. Les coptes d'Égypte constituent de loin le groupe le plus nombreux : avec environ 7 millions de baptisés, ils représentent 8 à 10 % de la population de leur pays. Les États du Levant abritent un très grand nombre de communautés chrétiennes : maronite catholique (Liban), grecque orthodoxe (Liban, Syrie, Turquie), catholique de rite grec, dite melkite (Liban, Syrie, Égypte,Turquie), arménienne (Iran, Liban, Turquie), assyro-chaldéenne (Iran, Iraq, Syrie). On recense aussi de nombreux chrétiens au sein de la diaspora palestinienne. Pas moins de onze Églises – six catholiques et cinq orthodoxes –, chacune sous la juridiction d'un patriarche, sont implantées dans la région. Mais il est difficile d'évaluer avec précision l'effectif des chrétiens, les États ayant tendance à minimiser leur nombre et les communautés concernées à le grossir; on peut tout de même estimer le nombre de catholiques à 3 millions (pour 10 millions de chrétiens orthodoxes). Il existe enfin de petits groupes religieux ne pouvant être rattachés aux trois grandes religions du Livre : zoroastriens et bahaïs en Iran, yazidis en Iraq. Les minorités religieuses non musulmanes se multiplient avant tout dans les pays du Croissant fertile et en Égypte (7 millions de chrétiens coptes), l'Arabie péninsulaire et le monde turco-iranien restant des contrées massivement musulmanes.

 

Une forte diversité linguistique

Seul critère pertinent de distinction entre les ethnies, la langue vient compléter la diversité du peuplement. L'arabe, qui compte 130 millions de locuteurs moyen-orientaux, est la plus répandue des langues sémitiques et jouit d'un statut privilégié dans la mesure où il est la langue de la révélation coranique. C'est en arabe que, partout dans le monde musulman, on psalmodie le Coran (le Prophète est arabe). À l'intérieur de l'aire sémitique subsiste l'araméen, sous la forme du syriaque, encore en usage dans quelques communautés syriennes, libanaises et irakiennes.

 

L'hébreu, langue officielle de l'État d'Israël, est également une langue sémitique.

 

Les langues turques, qui appartiennent à l'aire altaïque, sont largement représentées. Le turc de Turquie, la plus utilisée, est la seule langue du Moyen-Orient à être dotée d'un alphabet latin. Les autres langues turques sont celles de minorités, comme les Azéris (nombreux en Iran), les Turkmènes (Afghanistan, Iran, Iraq) et les Ouzbeks (Afghanistan).

 

Sont également parlées les langues de minorités plus ou moins importantes, comme les Tcherkesses, qui sont dispersés en Turquie, et les populations des anciennes provinces de l'Empire ottoman pratiquant des langues caucasiennes.

 

Les langues iraniennes, qui sont indo-européennes, comptent plus de 50 millions de locuteurs. La principale, le persan, majoritaire en Iran, est également pratiquée en Afghanistan. Le pachtou d'Afghanistan, le baloutchi des confins irano-afghans et le kurde – dont l'aire est écartelée entre la Turquie, l'Iran, l'Iraq et la Syrie – sont aussi des langues indo-européennes. Certaines minorités urbaines de Turquie parlent encore l'arménien et le grec.

 

La diversité linguistique et religieuse du Moyen-Orient ne va pas sans répercussions géopolitiques : certains groupes minoritaires occupent des régions refuges, souvent des espaces montagneux, comme font les Kurdes et les Alaouites; le comportement démographique peut être très différencié d'une communauté à l'autre, notamment entre chrétiens et musulmans; la ségrégation ethnoconfessionnelle a longtemps été un principe d'organisation des quartiers des villes, et les oppositions culturelles, qui continuent de nourrir les divisions, sont à l'origine de nombreux conflits.

 

L'Etat-nation et ses minorités

La géographie ethnolinguistique se distingue clairement de la géographie contemporaine des États-nations. La diversité des situations conflictuelles est frappante. Une forte unité religieuse peut s'accompagner d'une réelle diversité ethnolinguistique. En Iran, où l'islam chiite est pratiqué par 90,5 % de la population, la diversité linguistique est, en revanche, très prononcée. Langue interethnique comprise par la majorité des Iraniens, le persan n'est langue maternelle que pour les habitants du plateau central, soit environ la moitié de la population. Dans les régions périphériques subsistent de très importantes minorités linguistiques, qui, au plan religieux, sont sunnites pour la plupart : Turkmènes, Azéris, Kurdes, Lors, Baloutches, Arabes. De même, l'Afghanistan, pays sunnite à 74 %, est un «kaléidoscope» humain. Les Pachtous (environ 50 % de la population), qui ont constitué la base ethnique de l'État, prédominent au sud et à l'est, mais sont affaiblis par une émigration en partie définitive (3 millions d'entre eux ont rejoint le Pakistan dans les années 1980). Dans le nord du pays, la diversité est beaucoup plus marquée. Aux côtés des Tadjiks persanophones vivent des Ouzbeks, des Turkmènes et quelques Kirghiz de langue altaïque. Au nord-est de l'Hindou Kouch se concentrent les Nouristanis. Les Hazaras, chiites persanophones aux caractères mongoloïdes, peuplent les montagnes centrales.

 

Certains États se caractérisent plutôt par leur forte cohérence linguistique et leur grande diversité religieuse. L'Égypte, arabophone, doit compter avec une importante minorité copte. Après avoir joué un rôle prépondérant sous l'occupation britannique, cette dernière se trouve actuellement marginalisée. Au Liban et en Syrie, la configuration est plus compliquée : les populations chiites, druzes et alaouites côtoient non seulement les musulmans sunnites mais aussi un très grand nombre de minorités chrétiennes. Pas moins de 17 groupes communautaires sont officiellement reconnus au Liban.

 

À l'intérieur même des frontières nationales, la diversité peut être à la fois religieuse et linguistique. C'est en Iraq que la situation est le plus complexe : les Kurdes (19 % de la population) sont minoritaires au double point de vue ethnique (ils parlent une langue indo-européenne) et religieux (ils sont sunnites dans un pays majoritairement chiite). La population irakienne, toutes ethnies confondues, se partage en effet entre chiites (61,5 %), sunnites (34 %) et une petite minorité chrétienne (3,7 %). La jeune République turque, à ses débuts, a dû faire face à de graves problèmes communautaires (échange des populations grecques et turques, question arménienne) auxquels se superpose, en outre, un clivage religieux : les alevis (environ 10 % de la population) se placent dans la mouvance chiite. Israël, enfin, n'est pas un État homogène. À côté de Druzes et de chrétiens, une très importante minorité musulmane (14,4 % de la population), majoritairement sunnite, vivait à l'intérieur des frontières de l'État juif en 1993.

 

Mosaïque de minorités, le Moyen-Orient n'abrite pas de région, en dehors de quelques zones de montagne, où régnerait une véritable homogénéité ethnique ou religieuse se rattachant à des milieux naturels particuliers. Au fil des siècles, les minorités se sont très étroitement intriquées les unes aux autres, en milieu urbain comme dans le monde rural.


Le Moyen-Orient pétrolier

L'affirmation de l'économie pétrolière, postérieurement à la Seconde Guerre mondiale, constitue un facteur d'évolution majeur. Les revenus pétroliers des grands producteurs de la région sont passés de 5 milliards de dollars en 1970 à 220 milliards en 1980 et sont redescendus depuis lors. Cette baisse ne doit pas occulter l'incontestable «opulence» qui a permis aux États producteurs de lancer une vigoureuse politique de développement, modifiant profondément leur société et leur espace.

 

La montée de l'or noir

La découverte des premiers gisements remonte à 1908 en Iran et à 1927 en Iraq. Ceux de la péninsule Arabique ont été mis au jour plus tardivement, comme à Bahreïn (1932), au Koweït et en Arabie Saoudite (1938), au Qatar (1939). Au cours des années 1950, le poids du Moyen-Orient a été renforcé par la montée en puissance de l'Arabie Saoudite et du Koweït. En 1955, la région pétrolière du Golfe fournissait déjà 20 % de la production mondiale (770 millions de tonnes) : le Koweït et l'Arabie Saoudite produisaient deux tiers du total. Les grands acteurs de l'échiquier pétrolier ont fait passer la production de 165 millions de tonnes en 1955 à 1?300 millions en 1973-1974. Les producteurs moyen-orientaux ont été renforcés par l'arrivée sur le marché des Émirats arabes unis (1960) et du sultanat d'Oman (1962). Les années 1970 correspondent aux records nationaux de production : l'Arabie Saoudite a frôlé à plusieurs reprises les 500 millions de tonnes par an; l'Iran, 300; le Koweït, 180; les Émirats arabes unis, 100. Au début des années 2000, le Moyen-Orient produisait 31 % du pétrole mondial.

 

Mais la nouvelle richesse du Moyent-Orient est aussi source de très profondes inégalités. Elle fait naître frustrations et ressentiments entre pays nantis et pays restés pauvres. Les disparités sont flagrantes : dans la péninsule Arabique, entre États voisins, la richesse moyenne par habitant varie dans un rapport de 1 à 26 : 16?614 dollars pour les Émirats arabes unis (2 millions d'habitants), 640 dollars pour le Yémen (12,1 millions d'habitants). Les avoirs arabes à l'étranger se montaient à 670 milliards de dollars à la veille de la guerre du Golfe.

 

D'indéniables atouts naturels

La région pétrolière moyen-orientale, immense «piège à hydrocarbures», a bénéficié de trois avantages décisifs, avec en premier lieu l'abondance des réserves (62 % du total mondial), dont les plus importantes se trouvent en Arabie Saoudite (26 %), et au Koweït (10 %). Quant aux ressources irakiennes, elles sont aujourd'hui largement sous-estimées. Au niveau actuel de la production, le Koweït est assuré de pouvoir exploiter son sous-sol pendant près de 300 ans, l'Arabie Saoudite 132 ans, les Émirats arabes unis 100 ans. À l'abondance s'ajoute la facilité d'extraction : les puits sont peu profonds, y compris pour les gisements offshore du golfe Persique. Le coût de production par baril est le plus bas du monde (1 dollar, contre 14 dollars pour celui de la mer du Nord). La flexibilité de la production constitue un atout supplémentaire : la production peut être augmentée ou diminuée dans de très brefs délais. L'Arabie Saoudite a toujours su exploiter cet avantage pour contrôler le marché pétrolier. Le Moyen-Orient est, en outre, amené à jouer un grand rôle sur le marché gazier; si sa production est encore faible, il détient 35 % des réserves mondiales.

 

Les nouvelles routes du pétrole

Près de 85 % des hydrocarbures extraits au Moyen-Orient sont commercialisés. Le monde occidental dépendant fortement de la région pour son approvisionnement énergétique, le contrôle des routes pétrolières se révèle vital, tant pour les États-Unis et l'Europe occidentale que pour le Japon. Jusqu'à la veille de la guerre du Golfe (1991), l'écoulement du pétrole s'effectuait en quasi-totalité par les terminaux du Moyen-Orient. Après la fermeture du canal de Suez (1967), le contournement de l'Afrique par la route du Cap, en allongeant les trajets, a incité à un abaissement des coûts et accéléré l'évolution vers le gigantisme, avec notamment la mise en service des supertankers de 500?000 t.

 

Au cours des années 1980, la tension qui a régné lors du conflit irano-irakien a mis en évidence le maillon faible que constitue le détroit d'Ormuz, bien qu'y transitent encore quotidiennement 15 millions de barils en provenance du Moyen-Orient, soit 20 % de la consommation mondiale <2002>. Si la menace a probablement été surestimée, les États producteurs ont cherché à s'affranchir de l'obligation de l'emprunter.

 

Une nouvelle géographie de l'écoulement pétrolier s'est mise en place. Celui-ci s'est en partie fait par voie terrestre, vers les ports de la mer Rouge et de la Turquie méditerranéenne : pour ce faire ont été construits la Petroline, qui traverse l'Arabie Saoudite (jusqu'au port de Yanbu), et les oléoducs évacuant par la Turquie la production irakienne à destination du littoral méditerranéen. Au début des années 2000, la mer Rouge et le canal de Suez vont retrouver une grande partie de leur rôle stratégique.

 

Trois pays jouent à présent un rôle majeur pour la sécurité du transit des hydrocarbures. L'Égypte contrôle le port de Suez et l'oléoduc de la Sumed, qui le relie à Alexandrie. La Turquie assure le transit du pétrole irakien (100 millions de tonnes par an), capacité qui sera augmentée si le projet de construction d'un oléoduc iranien vers la Méditerranée voit le jour. Mais de toute évidence, c'est l'Arabie Saoudite qui joue le plus grand rôle. Par les divers oléoducs qui traversent son territoire, le royaume est amené à contrôler l'écoulement d'environ 200 millions de tonnes. Il maîtrisera ainsi les ventes des autres pays membres du Conseil de coopération du Golfe (Koweït, Qatar, Émirats arabes unis) et une partie de celles de l'Iraq.


La revendication kurde

Les Kurdes, qui se considèrent comme les descendants des Mèdes, sont l'un des plus anciens peuples de l'Asie occidentale. Montagnards, musulmans sunnites, parlant une langue indo-européenne, ils vivent sur un territoire de quelque 400’000 km2, aux confins de l'Iran, de l'Iraq, de la Turquie et, pour une faible part, de la Syrie. S'ils restent organisés en tribus, seule une petite partie de la population est nomade. La plupart sont des cultivateurs sédentaires; seuls quelques-uns sont éleveurs. Dans les zones montagneuses, leurs activités et leur mode de vie restent traditionnels. Dans les plaines périphériques, en revanche, quelques grands propriétaires font appel à des métayers et à des ouvriers agricoles. La pression démographique a conduit au morcellement des propriétés, à l'exode rural, à une urbanisation accélérée.

 

Au cours du XIXe siècle, les Kurdes ont forgé leur conscience nationale dans leur opposition à l'Empire ottoman. Le traité de Sèvres (1920), qui reconnaissait leur identité et leur droit de fonder à terme leur propre État (le Kurdistan), est resté lettre morte après l'éphémère existence de la République de Mahabad (1945). Les révoltes, incessantes tout au long du XXe siècle, ont fait plus de 1'500’000 victimes. Les Kurdes sont, en outre, politiquement divisés, et leurs rivalités sont exploitées par les pays dans lesquels ils résident. Les États utilisent cette minorité pour exercer des pressions sur leurs voisins; cependant, ils peuvent manifester une certaine solidarité quand il s'agit de mater toute velléité nationale et d'éviter une osmose trop complète entre les différentes parties du Kurdistan. De véritables «ethno-stratégies» sont mises en œuvre par les Etats concernés.

 

On estime qu'environ 6 millions de Kurdes vivent dans l'actuelle Turquie, où leur culture est bannie et où ils sont soumis à une politique d'assimilation, quand ils ne sont pas déportés. Ankara les perçoit comme des «Turcs montagnards». Beaucoup vivent encore en Turquie orientale, où leur situation économique et sociale s'est profondément altérée. L'exode rural s'est fortement accéléré : la moitié des Kurdes de Turquie sont devenus citadins. La migration les a conduits hors du Kurdistan : Istanbul, avec ses 800’000 Kurdes, est devenue la première ville kurde.

 

Les Kurdes d'Iran (7 millions) et d'Iraq (4,5 millions) cherchent à faire reconnaître leur autonomie et entretiennent avec leur État de très difficiles rapports au cours desquels alternent affrontements violents et phases de répit. En Iraq, l'évolution de la société kurde est tout à fait comparable à celle constatée en Turquie. En 1974, un statut d'autonomie a été négocié mais n'a jamais été appliqué. Depuis cette date, le peuple kurde est soumis à une féroce répression. Pour sa part, la Syrie ne reconnaît aucun droit spécifique au million de Kurdes que ses frontières abritent.

 

Importante communauté ethnique, les Kurdes restent dépourvus d'existence nationale malgré la continuité spatiale de leur territoire et une incontestable homogénéité culturelle. À la différence du problème palestinien, la question kurde n'a pas rencontré un grand écho sur la scène internationale. Les Parlements de plusieurs pays européens ont délaissé ce problème. Ce peuple, qui n'est pas en lutte contre des «puissances colonisatrices», ne bénéficie pas du soutien de l'ONU, organisme fermement attaché au principe de l'intangibilité des frontières des États nouvellement indépendants.


Israël et la Palestine

Dès le début du XXe siècle, et surtout au lendemain de la Première Guerre mondiale, s'organise, après la déclaration Balfour (1917), un mouvement de retour de la diaspora juive vers la Terre promise. Stimulée par l'idéologie sioniste, cette démarche visait à créer un État. Après la Seconde Guerre mondiale, la Palestine, alors sous mandat britannique, accueille un flot ininterrompu d'immigrants juifs venus d'Europe.

 

En 1922, la population juive représentait 11 % des habitants de la Palestine; en 1936, son nombre avait plus que doublé (28 %). Le peuplement juif prend de l'ampleur après 1945. En 1947, environ 700’000 juifs sont installés sur les terres arabes de Palestine. Même si certains ont procédé à des achats de terres, trois quarts d'entre eux sont citadins. À la fin du mandat britannique, on estime que la colonisation juive s'est approprié 13 % des terres arables palestiniennes. L'hostilité des Arabes a été très vive (les Britanniques ont dû faire face à de nombreuses révoltes).

 

Des plans de partage du territoire entre les communautés arabe et juive avaient été présentés sans succès dès 1932. En 1947, au terme du mandat britannique, l'ONU doit résoudre l'équation posée par la présence de deux peuples sur un seul territoire. L'organisation internationale propose un partage entre un État juif, où se maintiendrait une forte minorité arabe, et un État arabe – Jérusalem, qui abrite les Lieux saints des trois religions du Livre, bénéficiant d'un statut international. Mais cette solution est rejetée par les Palestiniens et les pays arabes de la région. Les Britanniques quittent la Palestine, et les Juifs proclament l'État d'Israël le 14 mai 1948. Dès le lendemain, les armées des États arabes adjacents envahissent le nouvel État : c'est le début de la première guerre israélo-arabe. Les troupes arabes, mal équipées, mal entraînées, mal dirigées et peu coordonnées, sont défaites; des accords d'armistice sont signés en 1949. La victoire de l'État hébreu se traduit par des gains territoriaux : Israël occupe 77 % (20?700 km2) des terres palestiniennes au lieu des 56 % prévus par le plan de partage de 1947.

 

Les 23 % restants sont occupés ou annexés par les États voisins : la bande de Gaza revient à l'Egypte, la rive droite du Jourdain à la Transjordanie (aujourd'hui Jordanie). Trois autres conflits suivront : 1956, 1967 (guerre des Six-Jours) et 1973 (guerre du Kippour). David Ben Gourion, Premier ministre de 1948 à 1953, puis de 1955 à 1963, engage l'État hébreu sur les voies du modernisme. En 1967, Israël procède à une nouvelle extension territoriale : occupation du Sinaï, de la bande de Gaza, de la Cisjordanie et des hauteurs du Golan. À la suite des accords de Camp David (1979), le Sinaï a été récupéré par l'Égypte en 1982. La déclaration de principes signée entre Israéliens et Palestiniens à Washington le 13 septembre 1993, par la reconnaissance mutuelle qu'elle implique, consacre le rapprochement entre les deux communautés et inaugure une lente phase de construction de deux États distincts.

 

La création de l'État d'Israël et la conquête de nouveaux territoires ont été à l'origine du problème des réfugiés palestiniens, qui ont fui en grand nombre la domination isrélienne pour trouver asile dans les pays voisins. En 1949, environ 700’000 Palestiniens ont quitté leur pays : 350’000 se sont installés eTransjordanie, 200’000 dans la bande de Gaza, entre 80 et 90’000 en Syrie et 70’000 au Liban. Bien qu'atténué, l'exode a continué les années suivantes. Israël, qui souhaitait acquérir des territoires et non contrôler des populations, ne l'a pas freiné. Les conquêtes territoriales de 1967 ont alimenté un nouveau flux de réfugiés : 450’000 Palestiniens ont quitté les territoires occupés (150’000 d'entre eux s'exilent une seconde fois).

 

La déclaration de Washington

Le 13 septembre 1993, quatorze ans après les accords de Camp David, quatre ans après la chute du mur de Berlin et deux ans après l'effondrement de l'URSS, la Maison-Blanche a été le théâtre de l'un des événements majeurs de l'histoire de la seconde moitié du XXe siècle, à savoir la rencontre entre le président de l'OLP, Yasser Arafat, et le Premier ministre israélien, Yitzhak Rabin, et son ministre des Affaires étrangères, Shimon Peres. Aboutissant à la «déclaration de principe sur l'autonomie des Territoires occupés», qui prévoit un retrait progressif de l'armée israélienne, leur autonomie – et probablement à court terme celle de Jérusalem-Est –, elle est l'aboutissement des pourparlers engagés deux ans plus tôt à la Conférence de Madrid. La Déclaration implique la reconnaissance mutuelle de l'État juif et de l'OLP, et stipule l'abandon des actes terroristes par la centrale palestinienne. Pourtant, une grande partie de la droite israélienne (arrivée au pouvoir en mai 1996), a dénoncé l'abandon de facto d'Eretz Yisraël (littéralement, «terre d'Israël», soit la politique du «Grand Israël», de la Méditerranée au Jourdain), et les extrémistes palestiniens, tout particulièrement ceux du mouvement Hamas, s'opposent à ce rapprochement.


Les rivalités Iran-Iraq

La guerre entre l'Iraq et l'Iran (1980-1988) a considérablement envenimé la tension qui régnait sur les rives du Golfe. En toile de fond demeure l'antagonisme qui, au cours des siècles, voire des millénaires, n'a cessé d'opposer les peuples mésopotamiens à ceux des hauts plateaux iraniens. Aujourd'hui, ces deux puissances régionales aspirent chacune à contrôler l'espace qui les unit. Un contentieux historique est souvent évoqué pour souligner l'opposition qu'a avivée l'arrivée au pouvoir du régime islamique à Téhéran (1979). Un litige frontalier a servi de prétexte au conflit. Le Chatt al-Arab (la «rivière des Arabes») et le Khuzestan (ou Khuzistan) sont l'objet de disputes et de convoitises depuis le XVIIIe siècle. Issu de la confluence du Tigre et de l'Euphrate, ce fleuve, long de 204 km, matérialise la frontière irako-iranienne sur 105 km. C'est une vieille frontière politique, historique et culturelle entre deux Empires (ottoman et perse), deux mondes (arabe et aryen), deux légitimités islamiques (sunnite et chiite). Le pétrole l'a récemment transformé en voie d'eau essentielle pour les échanges énergétiques internationaux. Abadan, sur la rive gauche, abrite l'une des plus vastes raffineries du monde. Bassora et Fao, sur la rive droite, sont devenus les poumons de l'économie irakienne. Le prolongement de la Mésopotamie sur la rive gauche (Arabistan pour Bagdad, Khuzestan pour Téhéran) est également un enjeu pour les deux pays. Dans cette plaine de 185’000 km2, jadis peuplée – bien que rattachée à l'Iran – par une majorité d'arabophones, se localise une bonne partie des gisements pétroliers iraniens.

 

Le tracé de la frontière, le long de la voie d'eau, a fait, depuis la présence turque (milieu du XVIe siècle), l'objet d'innombrables accords ou arrangements, d'abord entre l'Empire ottoman et la Perse, puis entre l'Iraq et l'Iran. Le dernier en date remonte à l'accord d'Alger (1975) : le talweg du Chatt al-Arab est reconnu comme frontière par les deux parties. Mais, après de multiples incidents, l'accord est mis en cause par l'Iraq, dont l'armée envahit le territoire iranien le 22 septembre 1980. C'est le début d'un conflit meurtrier où se joue l'hégémonie sur le Golfe. En dépit des multiples intérêts des grandes puissances, il s'est maintenu dans un cadre régional.

 

À l'issue du cessez-le-feu de 1988, établi sous les auspices des Nations unies, les deux adversaires sortent très affaiblis économiquement du conflit. Le potentiel économique de l'Iran est très atteint; nombreuses sont les infrastructures pétrolières détruites. L'Iraq, pays très endetté, conserve une impressionnante force de frappe militaire. Equipée par l'URSS et certains pays occidentaux, son armée, à la veille de la guerre du Golfe, était la plus importante d'une région sur laquelle Bagdad ne cache pas ses ambitions. L'invasion du Koweït, le 2 août 1990, visait à lui donner les moyens économiques de sa politique hégémonique : sous la férule de Saddam Hussein, Bagdad pensait pouvoir contrôler la production pétrolière d'un grand pays exportateur et accroître ses réserves. Le conflit, qui menace les intérêts de l'Occident, ne reste pas circonscrit dans son cadre régional. La riposte, soutenue par l'Arabie Saoudite, est conduite par les États-Unis, qui, à la tête d'une coalition de 29 pays, contraignent l'Iraq à évacuer le Koweït. Le cessez-le-feu est proclamé le 28 février 1991.


La nouvelle donne géopolitique

Au lendemain de la guerre du Golfe, l'échiquier politique et stratégique du Moyen-Orient est profondément transformé sans que, pour autant, les tracés frontaliers aient été modifiés. Les aspirations des peuples qui se sont manifestées après la défaite irakienne (les chiites au sud du pays, les Kurdes au nord) n'ont pas abouti à une remise en question territoriale : le conflit a davantage profité aux États qu'aux peuples. La guerre du Golfe a mis en lumière deux données fondamentales et très probablement durables : la suprématie américaine dans la région et la division du monde arabe entre les pays qui ont soutenu l'Iraq et ceux qui ont rejoint les rangs de la coalition. On voit, par ailleurs, apparaître de nouveaux rapports de force régionaux. Malgré l'embargo qui l'a frappé, l'Iraq, considérablement affaibli et sans doute pour longtemps, nourrit toujours des ambitions dans le Golfe. L'Iran, sorti très affecté des huit années de la guerre qui l'a opposé à l'Iraq, a tiré parti de sa neutralité pendant la guerre du Golfe. La reconstruction du pays est entamée, et Téhéran, qui souhaite jouer son rôle de «gendarme du Golfe», conduit une politique active en Asie centrale et dans le Caucase.

                 

L'Arabie Saoudite a confirmé sa capacité à contrôler le marché pétrolier; pourtant, la faiblesse démographique et militaire du royaume apparaît au grand jour. Sa sécurité dépend plus que jamais de la protection américaine. Pour sa part, la Syrie a su tirer les plus grands bénéfices du conflit. En «échange» de son soutien à la coalition, elle a pu étendre sa domination sur le Liban, réalisant ainsi une partie de ses ambitions méditerranéennes, devenant une puissance régionale avec laquelle il faut compter.

 

Pour Israël, la guerre du Golfe a démontré que les Territoires occupés ne constituent plus la «profondeur stratégique» vantée depuis 1967. Les Scud qui se sont abattus sur son territoire ont montré sa vulnérabilité.

 

La déclaration de principes signée à Washington le 13 septembre 1993, qui prévoyait l'autoadministration palestinienne à Gaza et à Jéricho, connaît, depuis le retour de Yasser Arafat à Gaza en juillet 1994, une difficile mise en œuvre sur le terrain, du fait des attentats et des pressions des extrémistes de tous bords. Après la mort d'Arafat, en 2004, la question de la constitution d'un État palestinien en Cisjordanie demeure ouverte, de même que la volonté israélienne d'échanger les Territoires occupés contre une paix durable, processus amorcé avec la signature le 26 octobre 1994, d'un traité de paix avec la Jordanie.



Article ajouté le 2008-06-03 , consulté 24 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Revue de Presse "

Retour aux articles



Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever