Contre mauvaise « Fortune », bon cœur…
Il faut croire qu’au cœur de la fortune se niche la misère…La fortune peut alors bien prendre ses grands airs, elle n’en reste pas moins, fortune éphémère…Dans les rues d’or et de lumière, le riche et le pauvre, se frôlent, se frottent, comme deux pierres. A Nouakchott, la situation n’est pas plus singulière. Au croisement d’un feu… Au détour d’une ruelle…Au passage d’une station service…
La réalité de la pauvreté de nos frères coreligionnaires, bat son éternel rappel…Où est la part du pauvre ? Où est la part du faible ?
Sans discriminations fondées sur le genre, la race ou l’âge…Les nécessiteux font face aux audacieux, à qui parait-il, sourirait la fortune. Que vienne à notre aide, le Juste, le Sage ! Ils ont pour eux, leurs yeux. Pour certains, ils le voient bien, la vie brille de milles feux. Ils se disent que pourtant, ils ne vivent pas à milles lieux, de ceux pour qui tout va de mieux en mieux…Alors, eux qui n’ont rien, réclament un peu de notre bien. Est-ce un mal ?
Entre justice sociale et dignité humaine, il n’est pas de sacrifice qui ne mérite sa peine. Le nombre grossissant de nos mendiants, est un avertissement cinglant, adressé à toute la communauté… Urbaine. Notre train de vie, qui va en s’accélérant, fait doucement mais sûrement fi, de l’humble et de l’indigent.
L’indifférence, prends petit à petit son sens…L’émotion et l’impuissance, qu’on peut ressentir face à une telle déliquescence, ne s’usurpent pas, à moins d’être une brute sans conscience. C’est ainsi, que parfois, à l’approche d’un carrefour ou d’une intersection, on peut apercevoir, la détresse d’un enfant, l’affliction d’un parent, la solitude d’un vagabond.
Songez à quel dénuement, nous avons guidé nos frères anonymes… Songez à leur état intime, quand vous observerez leurs allures extérieures... S’ils en sont arrivés, à nous presser de leurs sollicitations impérieuses, c’est qu’à leurs maux, nous n’avons pas de cure sérieuse. A leurs allures extérieures, nous opposons la pompe victorieuse, la verve triomphante, le phrasé courtois et policé d’une horde de cannibales civilisés.
Vous qui ne vivez pas ce qu’ils vivent ! Songez à l’état d’une âme restreinte aux besoins du corps qu’elle habite. Comment vivre quand la mort nous guette ? Comment vivre quand pour survivre, il faut se battre comme quatre ? La vie devient soudain un long couloir étroit et machinal, dont les murs froids se ressemblent et font penser à une pierre tombale. « Demain qu’on sent venir triste, attriste aujourd’hui. »
En voiture, certes les uns donnent sans autres considérations, mais d’autres pestent contre ces quémandeurs qui deviennent légions. Certains anticipent même, les allées et venues de ces infortunés, qu’ils savent à l’affût de la moindre pièce de monnaie, en les contournant sans autre forme de procès.
Inévitablement, vous les verrez, dans vos pérégrinations. Et tout aussi inévitablement, l’un d’entre eux sollicitera de vous, un peu de compassion, un peu d’argent, mais plus important encore, votre compréhension.
Peu importe les détours que nous croyons prendre, les éviter tient de l’ordre de la prestidigitation. Vous pensez les fuir à l’abri dans vos maisons ? Fuir à un appel à l’aide…à une imploration ?
Que non ! Ils prennent juste un visage familier, celui d’une pauvreté qui se trouve dans notre immédiate proximité. Ils sont nos pauvres particuliers. Ceux dont nous nous sentons responsables…Ceux qui accèderont plus facilement aux seuils de nos demeures…Qui en franchiront les portes et pourront prétendre à notre bon cœur…
Qu’ils soient dans ces rues qui nous sont communes, à l’ombre d’un arbre ou sur le sommet d’une petite dune. Qu’ils soient à l’intérieur de nos propriétés personnelles, assis dans un salon ou relégué sur le pas de la porte. Ils sont sujets à nos commentaires désobligeants ou plaintifs… Ils sont soumis à nos comportements rétifs…Ce cirque que nous faisons, pour eux, n’est que trop répétitif…
Rassurez-vous ! Quand il vous reste quelque chose à donner, c’est que vous n’êtes pas dépourvu de tout. Rassurez-vous ! Ce qui est donné, n’est pas perdu pour tous…
De jours et trop souvent de nuits. Debout arpentant le bitume, ils réalisent que un à un leurs bienfaiteurs s’enfuient, avec une pointe d’amertume. Céder au découragement, ils n’y ont pas droit, la nature exige d’eux ce qu’ils n’ont pas…Manger, boire, se vêtir…En est-il que ces besoins font sourire ?
On entends parfois, de bien curieuses choses, sortir de bouches qui ne sentent pas la rose…Elles articulent des pensées, qui du cerveau où elles sont nées, n’ont pas fini d’être traitées. Des pensées, qui font honte à l’âme humaine, tant elles sont imprégnées de la mauvaise foi qui les mène. On jurerait que tout ce que certains ont à l’esprit, c’est que cette vermine se multiplie. Ils semblent en avoir plus qu’assez, d’être harcelés, d’être pris à partie…Ils n’apprécient pas d’être ainsi interpellés, par des misérables et de se sentir autant à leur merci.
Ces mesquins dédaigneux, qui trouveront toujours quelque chose à redire, en vérité se sentent gênés à la vue de ces martyrs. De l’enfant au vieillard…Du fou au clochard…De la maman à l’invalide…
Pas un, qui prêt à tout pour tenter fortune, s’en saisirait injustement de ces deux mains avides.
Pas un, qui prêt à tout pour faire fortune, s’en emparerait illégalement de ces deux mains solides.
Au pire de l’extrémité, quand l’Homme décide qu’il lui est plus sain de demander à l’Homme, son semblable, l’aide qu’il recherche et dont il a besoin pour vivre…
Qui somme-nous pour remettre en question, ses intentions à suivre ?
Souhaiterions-nous plutôt, qu’il se questionne sur sa présente condition ? Sur les raisons profondes qui l’ont conduit dans cette forme de damnation sociale ? Pour nous peut-être que ce serait l’idéal… Pour eux, il y a fort à craindre que cela soit fatal.
Que leur apparence déguenillée ne vous effraie pas…Que leur mine défaite ne vous rebute pas…
Tantôt, c’est un vieillard qui nous aborde, et dans son regard qui absorbe, on peut lire subjugué, la détresse d’un homme, que la vie a blessé mais n’a pas abattu…
De sa pupille déborde, l’histoire d’un homme qui continue…
Tantôt, il faut par la fenêtre, baisser la tête vers le sol goudronné, pour apercevoir l’homme à qui appartient cette main vers nous tendue…

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