Mauritania UNDERGROUND

Le Terrorisme Mauritanien

LE CALAME

numéro 270 du 12 au 19

février

2000

HEBDOMADAIRE PRIVÉ INDÉPENDANT

L’étoile le croissant et la bannière

Cest en septembre

1994

que les premières arrestations

dans les milieux islamistes

auront lieu. (...)

Ils furent

accusés de complot contre la

nation, emprisonnés, “torturés”,

diront-ils plus tard, avec des

aveux télévisés de “repentir”,

une grande et ignoble première

chez nous. Ce fut une énorme

mascarade dont nos islamistes

sont sortis “sans leurs turbans”.

Ils ne s’en remirent pas, malgré

les tentatives répétées du pouvoir

de les faire revivre de leurs

cendres. Ils connaîtront en fait

plusieurs arrestations et ils

furent inquiétés plus d’une fois.

Pour que la Mauritanie se mette

à l’heure du monde, il faut

qu’elle ait ses islamistes à combattre,

son danger terroriste à

vendre et justifier la place d’observateur

qui lui est dévolue

par l’Otan dans sa stratégie de

“containment du terrorisme

islamiste” au sein du monde

euro-méditerranéen.

C’est dans le cadre de cette

lutte contre le “terrorisme” que

l’année dernière après les attentats

contre les ambassades US

en Afrique orientale imputés

au Saoudien (déchu de sa nationalité)

Usama Ben

Laden,

classé ennemi numéro un des

Américains, qu’un coup de

pied important a été donné dans

la fourmilière islamiste. Motif

:

des écoutes téléphoniques ont

permis aux services secrets

américains d’établir un lien

direct entre des Mauritaniens

et Ben Laden. Des cabines téléphoniques

furent fermées et

une dizaine de personnes présumées

coupables, car ayant

reçu des coups de fil d’Afghanistan

ou du Pakistan, ont été

arrêtées. Parmi ces personnes,

un certain Ould

Waled, dont le

nom de guerre est El-Chinguitty,

marié à une femme

d’origine palestinienne, bellesoeur

d’un des proches de Ben-

Laden, toujours selon les

sources américaines, lui seul

donc aurait été suspecté. Les

autres furent relaxés faute de

preuve. Ould

Waled fut lui

aussi libéré et mis sous surveillance.

Il a réussi à tromper

la vigilance des policiers et à

disparaître.

C’est aussi ce lien matrimonial

qui poursuit sans doute

Mohamedou Ould Sellahi, l’actuel

détenu, dont la femme

serait la soeur de celle de El-

Chinguitty. La “mauritanian

connection” qui aurait pu servir

de fil conducteur à Ben

Laden se limiterait actuellement

à cela.

Ould Sellahi est toujours

enfermé. Quatre autres islamistes

parmi les huit qui étaient

appréhendés l’année dernière

ont été eux aussi interrogés

jeudi puis relâchés faute de

preuve.

Le porte-parole du gouvernement

mauritanien, le ministre

de la communication, Rachid

Ould

Saleh, qui avait démenti

la détention de Ould

Sellahi

mercredi dernier revient pour

la confirmer à la presse le lendemain.

L’ambassade

US dément

l’arrivée en Mauritanie d’enquêteurs

du FBI pour interroger

Ould

Sellahi. Le rapport qui

reste jusqu’ici strictement familial

entre ces deux Mauritaniens

et l’ami de Ben

Laden demeure

le seul lien existant jusqu’ici

entre eux et la “Qaeeda”, le

réseau de Ben

Laden. Un peu

trop mince.

Hindou Mint Ainina

Ben Laden est-il mauritanien ?

LA

TRIBUNENOUAKCHOTT

numéro110 du 17 mars 1999 - hebdomadaire privé indépendant

AFFAIRES ISLAMISTES

:

Ben Laden serait-il mauritanien?

A

près les arrestations d’islamistes

organisées en

1994

dans les mosquées et autres mahadras

du pays, sanctionnées alors

par des aveux télévisés, voilà que

depuis la première semaine de ce

mois de mars, la police politique

procède à l’arrestation de trois personnes

soupçonnées être proches du

mouvement radical dont le chef présumé

serait le milliardaire séoudien

Ussama Ben

Laden.

Pour l’heure, seules trois personnes

sont arrêtées. Le mystère crée

autour de cette nouvelle «affaire

islamiste» contribue, à sa manière,

à brouiller les pistes puisque les

noms des personnes arrêtées sont

exprès gardés au secret. Certaines

sources avancent cependant les noms

de Mohamed Lemine Ould

Fah, propriétaire

de cabine téléphonique,

Ahmed Ould

Sid’Ahmed, professeur,

et Mane Ould Abdel Barka,

commerçant au marché central de

Nouakchott. Les deux derniers

appartenant

à l’ONG de bienfaisance

Noor qui s’occupe, dans les milieux

déshérités de Nouakchott, des

orphelins et dont le financier n’est

autre que Tarek Ben

Laden, l’un des

frères de Ussama Ben

Laden récemment

accusé par les USA comme

principal

instigateur des attentats

organisés en 1998 dans les attentatsUS

au Kenya et en Zambie (sic).

D’autres sources nomment comme

arrêtés, Isselmou Ould

Mahmoud

commerçant au marché de la Capitale,

Mohamed El

Moustapha Ould

Mohamed, gérant de bureau de changes

et Mohamed Lemine Ould Fah

(encore lui

!) propriétaire de cabine

téléphonique. Ces trois personnes

auraient constitué par le biais de

Tarek Ben

Laden, un pactole qui leur

permettait d’envoyer dans des camps

d’entraînement soudanais et afghans

des jeunes Mauritaniens destinés à

la défense des thèses anti-occidentales

défendues par le réseau

Ben

Laden. En échange, les trois

personnes verseraient mensuellement

aux familles des «volontaires»

des sommes variant de 500 à 1000

$

.

Les Mauritaniens volontaires

seraient chaque fois recrutés pour

servir dans les pays du Golfe. C’est

lors d’une escale en Éthiopie qu’ils

seraient conduits s’il le faut de force

par des brigades locales vers le Soudan,

le cas contraire dans les rangs

des talibans d’Afghanistan.

Certaines personnes recherchées

ont pris refuge à l’intérieur même de

la ville de Nouakchott, persuadées

qu’elles sont que leurs signalisations

(sic) ont été déposées dans les

postes policiers de sortie de Nouakchott.

En outre, s’attendant à des

non-lieu de prévenus, elles ont

décidé de rester dans l’ombre jusqu’au

dénouement de l’affaire.

Ainsi, elles ne subiront pas les

excès de la police qui a l’habitude

de maltraiter les prévenus présentant

par la suite ses excuses.

Ben Laden est-il mauritanien ?

LA

TRIBUNENOUAKCHOTT

Depuis les débuts de la présente

semaine, les enquêtes de la police

politique sont dirigées vers trois

milieux dits islamistes, deux situés

à Nouakchott (mosquée du PK 12 et

El Mechrou de Teyarett) puis un

(sic) localisé à Kiffa. Tous ces sites

sont réputés abriter des islamistes

de diverses tendances appartenant

soit aux «Frères musulmans», soit

à la Dawa wa Ittabligh, soit aux

«Moudjahidines». Deux opérations

seraient simultanément menées par

la police, l’une constituant (sic) à

introduire des «taupes» dans les

milieux islamistes et l’autre sollicitant

des éléments des patrouilles

nocturnes qui surveilleraient les

déplacements de tous les présumés

voire de l’ensemble des personnes

qui se rendent dans les lieux de

prêche.

Contrairement à 1994, les arrestations

islamistes n’ont guère intéressé

les populations. L’opinion

restant à majorité persuadée que ce

ne sont là que des actions de sape

d’une police en quête du sensationnel.

Une police qui a voulu profiter

d’une situation donnée – née après

la lettre de l’ambassadeur US adressée

au ministre de l’Intérieur et qui

souligne l’imminence d’un attentat

contre l’ambassade américaine

à Nouakchott – pour se mettre

au-devant de la scène et plaire à

l’Occident.

Quoi qu’il en soit, les éléments

d’inculpation à la disposition de la

police ne constituent pas encore des

motifs suffisants d’arrestation de

personnes qui seraient proches de

Ben Laden sur le sol mauritanien.

Pour l’heure, la DSE D(irection de

la Sûreté de l’État, police politique,

NDR) ne disposerait que d’un relevé

de compte bancaire de l’ONG Noor

présentant des mouvements financiers,

de la lettre de l’ambassadeur

US, d’un récapitulatif des communications

reliant Nouakchott au

Pakistan et à Kaboul, relevées d’une

cabine téléphonique par les services

de l’OPT et d’une liste de personnes

qui auraient quitté la Mauritanie

pour les Émirats Arabes mais qui ne

seraient jamais arrivés à destination.

Quoi qu’il en soit, entre ces différents

éléments et l’existence d’un

réseau Ben Laden en Mauritanie, la

police politique a vite fait de

concocter des relations qui l’ont

amené (sic) à saisir le tribunal pour

l’instruction de l’affaire en justice.

Dans ce cas, comme dans beaucoup

de cas précédents, on peut s’attendre

au désaveu de la police par

le tribunal et la relaxation (sic) des

prévenus. Surtout qu’il n’y a encore

aucune preuve formelle justifiant

l’accusation.

La fameuse anecdote racontée au

sujet de notre police trouvera, en la

circonstance, toute sa raison d’être.

Celle-ci dit : «Un jour, un chat des

Nations unies s’égara dans une forêt

amazonienne. Toutes les polices du

monde furent sollicitées pour le

retrouver. À peine les recherches

engagées, la police mauritanienne

revint au siège des Nations unies

traînant un animal. Tous se demandèrent

comment une police du tiersmonde

comme la Mauritanie est

parvenue à réussir là où les polices

occidentales ont échoué… Après

enquête, on s’aperçut que juste après

avoir pénétré dans la forêt, la police

mauritanienne s’était emparée du

premier lapin qu’elle a cruellement

torturé, l’amenant à reconnaître

qu’il est un chat !!!»

OEM

LA

TRIBUNENOUAKCHOTT

numéro110 du 17 mars 1999 - hebdomadaire privé indépendant

Un Maillon du terrorisme international ?

Encore une fois notre police nationale

fait parler d’elle. Un «exploit»

de plus

que celui qui consiste à arrêter des p

rétendus

acolytes de Ussama Ben Laden,

ce milliardaire séoudien dont la tête a

été mise à prix par les Américains. Le

Département d’État, le FBI et la CIA, qui

a longtemps bénéficié des services de

Ben Laden,

offrent deux millions de dollars

à qui peut fournir des renseignements

pouvant aider à la capture du

présumé commanditaire des attentats

de Nairobi et Dar

e

s

Salam. Est-ce pour

cela que notre police politique a arrêté

trois islamistes qui, selon certaines

sources, pourraient avoir été en Afghanistan

ces dernières années, et donc il

serait probable qu’ils aient approché

Ben

Laden

? Ce qui est sûr, c’est que

ces arrestations sont intervenues au

moment où le chargé du bureau Mauritanie

au Département d’État était en

visite dans notre pays. Il suffit de le

savoir pour remettre en cause le bienfondé

des rumeurs qui ont accompagné

ces arrestations. Parce que l’Appareil

nous a habitués à ce genre de montages

qui sont plus destinés à l’opinion

extérieure. C’est pourquoi ils restent

incompréhensibles à nos yeux.

Chaque fois qu’il y a un blocage sur

le plan de nos relations avec le reste

du monde, notre système de sécurité

s’attaque à une frange du paysage politique.

Pour réguler notre politique extérieure

notre diplomatie étant sans

inspiration

– on se retourne contre nos

fils. Qu’on charge de tous les maux et

qu’on traîne dans la boue, devant les tribunaux

toujours au garde-à-vous.

L’emprisonnement des Baaths, c’était

pour faire oublier notre alignement sur

l’Iraq. La chasse contre les islamistes,

pour faire accréditer l’idée que nous

étions une «nation à risques» donc que

le pouvoir en place était un paravent.

La purge de la police dans le cadre de

«l’affaire de la drogue» pour jouer l’air

du temps et s’attirer la sympathie des

Américains.

Comme on dit chez nous «nous pouvons

mentir en présence des étrangers

mais nous savons ce qu’il en est quand

nous restons entre nous».

Nous sommes sûrs que si notre

police politique pouvait convaincre les

Américains que Ben

Laden n’est pas

Séoudien mais un marabout appartenant

à l’ensemble le plus maraboutique

de tous, elle l’aurait fait. Et cela nous

mettra encore

une fois sur la scène

mondiale.

Encore une fois nous reflétons une

image forcément mauvaise et tout à fait

fausse de nous.

À cause de ces «sorties» spectaculaires

de la police, nous sommes tantôt

un foyer islamiste, tantôt un fief des

narco-trafiquants tantôt un pays à haut

risque sur le plan du terrorisme international…

C’est le système sécuritaire en place

qui ternit l’image du pays. C’est le Système

qui doit comparaître devant les

tribunaux. Pour le bien du pays. Et du

pouvoir.

LE CALAME

numéro 328 du 2

octobre

2001

HEBDOMADAIRE PRIVÉ INDÉPENDANT

Délit de parenté

ARRESTATIONDE OULD SELLAHI

La police mauritaniennevient d’arrêter de nouveaul’ingénieur en télécommunica-tions Ould Sellahi. Elle luireprocherait son appartenanceà la mouvance de Ben

Laden,l’ennemi numéro un des États-Unis soupçonné par le FBI etles services secrets américainsd’être le cerveau des attentatsdu 11

septembre dernier à

Washington et New

York. Rappelons que Ould Sellahi

a été extradé l’année dernièrede Dakar vers Nouakchott oùdes agents fédéraux l’ont «cui-siné» pendant quelques joursau sujet des attentats de Nairobiet Dar

Es

Salam, avant d’êtrelibéré par les autorités mauri-taniennes. Aucune charge n’a puêtre retenue contre lui à l’époque.En réalité, on lui reprocheses liens de parenté avec unautre mauritanien, Abou Hafs,soupçonné lui aussi d’être, cette

fois, le bras droit de Ben

Laden

en Afghanistan.Les observateurs supposentque l’arrestation ces jours-ci deOuld Sellahi sans motif appa-rent ne serait pas étrangère à lavolonté des autorités maurita-niennes d’avoir, sur leur sol,une ramification du réseauBen

Laden, afin de pouvoirbénéficier des “avantages” de lalutte internationale contre leterrorisme.

– Éditorial –

C’est à travers la chaîne

arabe «Al

Jazeera» que

les Mauritaniens ont

appris la deuxième arrestation

de Mohamedou Ould Sellahi.

Ce dernier, ingénieur Télécom

de son état, avait été arrêté à

l’aéroport de Dakar en janvier

2001 (en fait 2000, NDR),

extradé en Mauritanie et gardé

à vue un mois durant par les

autorités policières du pays.

Garde à vue à l’issue de laquelle

il avait été relâché sans qu’au

-

cune charge ne soit retenue

contre lui. Depuis lors, Ould

Sellahi qui avait longtemps

résidé en Allemagne où il a étu

-

dié avant d’émigrer au Canada

pour des études spécialisées,

n’avait pas quitté le pays où il

travaille depuis lors, dans une

société informatique de la

place.

Dans la nuit du 27 au 28

septembre 2001 il a été denouveau arrêté pour des liens

présumés avec les réseaux ter-roristes, la même accusationqui avait prévalu lors de sapremière interpellation et delaquelle il sera très probablement lavé comme pour la première fois.

Les Mauritaniens à priori(sic) n’ont aucun lien avec l’islamisme violent, le leur étant plus axé sur une vision mystique aux accents moralisateurs. Pour s’en convaincre il suffit d’énumérer la genèse des actes censés être terroristes,nous verrons qu’ils relevaient plus de la dimension personnelle de leurs auteurs que d’une autre approche.Le premier acte «terroriste» avait eu lieu chez nous en septembre 1993 où un forcené avait blessé des prêtres de l’église de Nouakchott à coups de couteau.

Au mois de novembre 1993, à la maison des jeunes,

un second illuminé avait tiré une balle sur une assistance à

la maison des jeunes dans une cérémonie officielle. Bilan

: un policier blessé.

En août 1996 un policier avait tenté de détourner un vol régulier en provenance de Nouadhibou.

Là c’était l’unique acte deterrorisme compte tenu du

danger récurrent qu’il comportait.

Dans ces trois actes qui ne

relevaient pas d’actes organisés, aucun lien avec l’islamisme

intérieur ou extérieur n’avait

été établi, par contre le principal responsable identifié avait été la santé psychique des différents auteurs.

Trois fous sur trois millionsd’habitants, c’est une

moyenne acceptable.»

Non signé

numéro

275 – 7

octobre

2001NOUAKCHOTT-INFOL’HEBDOMADAIRE PROCHE DU POUVOIR ET DES RENSEIGNEMENTS CONSULTABLE SUR INTERNET :

www.mapeci.com

SECONDE ARRESTATION DE OULD SELLAHI

L’Islamisme violent, un inconnu chez nous



Article ajouté le 2007-08-30 , consulté 30 fois

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