Mauritania UNDERGROUND

Pour la paix au Sahara occidental

 

Rechercher sérieusment la paix au sahara occidental

1. Un étrange rapport du Secrétariat Général de l'ONU.

Le Secrétariat Général de l'ONU a présenté le 22 juin 2001 un rapport, à propos de la question du Sahara Occidental, marqué par un alignement sur les positions du Maroc, en contradiction totale avec la loi et l'éthique internationales, avec les positions qui sont celles de la Communauté Internationale depuis 36 ans et plus précisément avec le "plan de paix" des Nations Unies.

Le rapport aboutit à une négation du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. En effet, il propose qu'après cinq ans de cohabitation entre colons marocains et colonisés sahraouis, les occupants ayant séjourné un an dans le pays puissent se prononcer sur le statut du Sahara Occidental au même titre que les populations autochtones. Or les colons sont déjà plus nombreux que les colonisés !

Autrement dit, les Nations Unies organiseraient - c'est une première - un "Référendum" coup de force électoral, entérinant l'annexion d'un territoire occupé arbitrairement par un pays voisin.

Pourquoi cette attitude contraire à toutes les opérations menées depuis 1990 (Koweït-Balkans-Timor) par l'ONU sous la pression des grandes puissances ?

L'opinion de la majorité des Etats siégeant aux Nations Unies était que la question du Sahara Occidental dépendait essentiellement des Etats-Unis et de la France.

Le Conseil de Sécurité qui a examiné les propositions du Secrétaire Général le 29 juin 2001 a montré que lorsque les principes fondant le droit à l'autodétermination des peuples était en jeu, le consensus franco-américain pouvait faire l'objet de réserves.

Les U.S.A. et la France ont des intérêts au Maghreb et sont soucieux de l'ordre qui y règne ou qui devrait y régner.

On peut s'étonner dès lors que l'analyse que les puissances font de la situation ne prenne pas en compte tous les paramètres.

Il est difficile de comprendre pourquoi certaines grandes puissances font passer des intérêts stratégiques datant de la guerre froide, avant ceux d'une "mondialisation" qui serait intelligente, où les grands ensembles régionaux assumeraient des fonctions de production et de redistribution équilibrées offrant des opportunités de paix et de pratique démocratique.

Pourquoi donc ne font-elles pas passer la construction d'un Maghreb réconcilié, pacifié, développé avant le soutien aveugle et contre-productif à un Maroc où le bellicisme à l'égard de ses voisins empêche l'instauration d'une approche démocratique et le respect des droits de l'homme.

La construction de l'Union du Maghreb Arabe qui suppose au minimum le rétablissement de relations de confiance entre tous les pays de la région et l'ouverture démocratique dans chacun des Etats, ne peut-être envisagée qu'une fois réglée de façon équitable - acceptable par tous - le conflit du Sahara Occidental.

Pour ce faire, il faut que le Maroc, par son attitude à l'égard du peuple Sahraoui, prouve qu'il abandonne désormais toute visée hégémonique au Sahara Occidental comme dans toute la région. Ce n'est certainement pas en proposant aux Sahraouis de devenir marocains qu'il va établir des liens de confiance avec eux et qu'il va rassurer les pays à l'encontre desquels des revendications sont toujours latentes (revenant comme une litanie chaque fois que le Royaume ou un parti politique juge utile de se livrer à un chantage).

Edifier le Maghreb, c'est d'abord atténuer puis faire disparaître l'état de tension, la suspicion qui y sévissent. C'est donc faire disparaître leurs causes.

Aurait-il été possible de réaliser l'Union Européenne si l'Allemagne, analysant les troubles provoqués au sein des autres puissances par sa volonté d'hégémonisme, n'avait pas compris que la page devait être tournée et qu'elle ne pourrait surmonter ses démons qu'en se rapprochant de ses voisins et en construisant avec eux une œuvre commune ?

2. Pour construire le Maghreb, en finir avec les revendications territoriales.


S'il est vrai qu'on ne peut construire le Maghreb tant que le conflit du Sahara Occidental persiste, il est aussi vrai que la résolution du conflit passe par l'édification du Maghreb. Or, cette dernière exige elle-même la disparition des volontés hégémoniques et le dépassement des groupes d'intérêts qui ont besoin du conflit pour se maintenir.

Quand le Secrétaire Général des Nations Unies, sous la pression de grandes puissances, soutient le Maroc dans ses prétentions expansionnistes au lieu d'encourager une solution juste et crédible, il retarde l'édification du Maghreb. Ce qui est une lourde responsabilité.

Le paramètre principal que les grandes puissances oublient dans leur analyse a trait à la mémoire. Les peuples n'ont oublié ni les revendications, ni les attentats, ni les guerres dont ils ont été l'objet.

Etablir des relations de confiance suppose le respect des choix des populations, la reconnaissance des droits internationaux de chaque peuple de la région.

Les traditions guerrières et maraboutiques dans la région maghrébine permettent, avec le temps, d'apaiser les douleurs sans qu'il soit question de repentance, mais faut-il pour cela que les relations restaurées soient basés sur la justice et la reconnaissance des droits de chacun.

Avant de rappeler brièvement ce qu'à été le jeu des grandes puissances dans cette question du Sahara Occidental, un bref arrêt sur images chocs devrait permettre de remettre les événements dans leur contexte régional.

Si les commentaires sont personnels, les faits rapportés ici peuvent être retrouvés dans l'abondante littérature existant sur le sujet, en particulier dans l'un des derniers documents produits, la thèse de géopolitique de Sophie Jacquin (Les Nations Unies et la question du Sahara Occidental – décembre 2000 – Paris 8).

Quelques jours avant que la Mauritanie accède à l'indépendance, Mohamed Boucetta déclare devant la Commission politique de l'Assemblée Générale de l'ONU, le 15 novembre 1960, que le Maroc estime « l'indépendance de ce qu'on appelle la Mauritanie comme une vaste escroquerie et une grande illusion ».

Avant et après l'indépendance, le Maroc essaiera à plusieurs reprises de déstabiliser la Mauritanie : attentats meurtriers contre des civils, accueil de transfuges attirés par la propagation de fausses nouvelles …. création d'un Ministère des Affaires mauritaniennes et du Sahara et réanimation de celui-ci après 1960, chaque fois que le royaume souhaitera faire pression sur le pays (en 1965 en particulier, peu après la première résolution du Comité Spécial de l'ONU sur la décolonisation du Sahara Occidental où la Mauritanie avait fait entendre sa voix). Il mettra neuf ans à reconnaître la Mauritanie (le premier ambassadeur marocain est arrivé à Nouakchott le 2 février 1970).

La Mauritanie était revendiquée dans le cadre d'un supposé « Grand Maroc » qui englobait ce que le livre blanc marocain appelait la Mauritanie espagnole (le Sahara Occidental actuel), la totalité de la Mauritanie, une partie de l'Algérie et du Mali.

La revendication à l'égard de l'Algérie a entraîné au lendemain de l'indépendance de ce pays, ce qui est encore un souvenir très douloureux, la « guerre des sables ».

L'argumentation concernant Tindouf est tout aussi étonnante que les autres. Cet ancien marché caravanier est réclamé par les marocains parce qu'il a été fondé par des nomades sahariens Tadjakant venant du Centre de la Mauritanie !

Dans ces conditions, il est normal que l'Algérie et la Mauritanie se sentent insécurisées – voire menacées.

Lors de la première résolution de l'ONU (2229 du 20/12/1966) invitant l'Espagne à permettre à la population autochtone du Sahara Espagnol d'exercer librement son droit à l'autodétermination, l'Algérie s'est fait reconnaître comme « partie intéressée », non pour revendiquer un territoire mais parce que sa propre sécurité était en cause.

En 1966, comme aujourd'hui, l'idéologie expansionniste et l'extension vers le Sud constituent une menace potentielle contre la région de l'Or Noir et plus globalement de tout le Sud-Ouest algérien. Il en est ainsi pour la Mauritanie qui a 1.570 kilomètres de frontière avec le Sahara Occidental et dont le premier régime doit sa chute au conflit du Sahara.

Le climat de détente de 1970 (reconnaissance de la Mauritanie et accords de Tlemcen entre Hassan III et Boumedienne) a été sans doute favorisé par les difficultés intérieures sévères que le Maroc affrontait à cette époque.

La suite montrera que les mots n'avaient pas le même sens pour les deux chefs d'Etat.

Alors qu'il n'a jamais été question de reconnaître des droits au Maroc au cours de cette rencontre, Attilio Gaudio dans « Le Dossier du Sahara Occidental » (Nouvelles Editions latines, 1978) estimera que le Maroc espérait « qu'une compensation à sa reconnaissance de la Mauritanie et du contentieux frontalier avec l'Algérie lui serait accordée par l'acceptation par ces deux pays de la 'marocanité' du Sahara ».

Le 14 septembre 1970, Maroc, Algérie et Mauritanie se rencontrent à Nouadhibou, réaffirment leur volonté de décoloniser la région ; Hassan II se prononçant même pour le principe à l'autodétermination du Sahara Occidental.

Après avoir essayé de mettre en route l'autonomie interne, l'Espagne qui est affrontée à un mouvement sahraoui (1) de plus en plus offensif, décide après le manifeste du 10 mai 1973 du Front Polisario, d'organiser le référendum d'autodétermination prôné par l'ONU et dans cet objectif, dès 1974, organise le recensement de la population sahraouie.

La monarchie marocaine s'étant requinquée par l'élimination de toute contestation interne change de tactique. Elle parvient à entraîner la Mauritanie dans une politique de partage du Sahara à laquelle finit par consentir une Espagne empêtrée dans la difficile succession de Franco. Mais la guerre du Sahara ne suscite d'adhésion ni de l'opinion, ni de l'armée mauritaniennes et elle finit par emporter le régime de Nouakchott en 1978.

Un an après, le 5 août 1979, la Mauritanie signait un accord de désengagement du Sahara avec le Front Polisario. Aussitôt le Maroc exerçait un « droit » de préemption sur la partie évacuée par la Mauritanie.

La Mauritanie reconnaîtra la République Arabe Sahraouie Démocratique en 1984.

L'engrenage des événements qui ont suivi l'accord secret de partage maroco-mauritanien (début 1974) est connu : recours à la Cour Internationale de Justice au moment où l'Espagne allait organiser le référendum, grand bluff médiatique de la « Marche verte » ayant pour objet de prendre de vitesse l'Assemblée Générale de l'ONU avant qu'elle n'ait pu examiner les recommandations de la Cour Internationale de Justice et de la mission onusienne ayant enquêté sur les souhaits du peuple sahraoui ; coup de force de l'accord de Madrid arraché à l'Espagne plongée dans la confusion d'un changement de régime, etc.

Duperies continuelles et non respect du voisin (dont les territoires sont revendiqués périodiquement) pèsent lourd sur le contexte régional.

(1) Avant le Front Polisario existait le Mouvement pour la libération de la Seguiat et Hamra et de l'Ouest ed Dahab fondé en 1967 par un journaliste, Mohamed Sidi Ibrahim Bassiri. Soucieux de moyens légaux et pacifique, le mouvement fut durement réprimé le 17 juin 1970 à El Aïoun (11 à 12 mors, des centaines de blessés). Arrêté le 18 juin à 15 H, le leader du mouvement, Mohamed Sidi Ibrahim Bassiri, ne réapparut jamais. Les autorités espagnoles affirmèrent qu'il avait été déporté au Maroc le 26 juin 1970. Des témoignages récents laissent présumer que les Sahraouis qui gênaient les desseins du Roi auraient subi les mêmes traitements expéditifs (dissolution dans une cuve d'acide) que des opposants marocains radicaux.

3. La meilleure ressource économique, c'est la paix :
la main mise sur les richesses d'autrui ne compense pas les dépenses d'occupation militaire d'un pays

Les revendications sur le Sahara Occidental (et d'autres régions ou pays) ont pour soubassement des intérêts ordinaires de contrôle des richesses, avec, au moment où elles ont été développées, une volonté d'hégémonisme sur une partie de l'Ouest Africain.

L'argumentation véhiculée par le Maghzen et les alliés du Maroc est que
le Sahara Occidental est une cause sacrée … comme si la présence de ressources naturelles (fer et cuivre en Mauritanie, phosphates et autres au Sahara Occidental) ne seraient que des coïncidences tout à fait fortuites.

Longtemps négligé, déserté même par le colonisateur, le territoire de la Seghiat El Hamra et du Rio de Oro n'a été finalement occupé par l'Espagne qu'au cours de la décennie 1930 (avec le concours décisif de l'armée française).
Le Sahara est devenu réellement objet d'attention et plus tard de convoitises, pour le gouvernement espagnol, à partir de la découverte en 1947 des phosphates de Bou Craa.

Lors des négociations maroco-espagnoles ayant précédé l'accord de Madrid (les discussions ont eu lieu alors que se déroulait la Marche verte), l'Espagne a exigé en contrepartie de son « abandon » du Sahara, 35 % des actions de Fosbucraa (65 % des actions étant captées par l'Office Chérifien des phosphates), le maintien des bases militaires au Maroc, l'indemnisation des colons et bien sûr, la pérennisation des enclaves de Ceuta et Melilla.

Le rôle joué par le phosphate dans la guerre menée contre les Sahraouis a été très important. En contrôlant les phosphates (2) du Sahara Occidental, le Maroc est devenu le premier pays phosphatier du monde (avant les USA) et de ce fait, était – et est – en position dominante dans les négociations sur le marché international.

D'ailleurs, au début de la conquête du Sahara Occidental par le Maroc, certaines chancelleries occidentales (France en particulier) « justifiaient » le soutien au Maroc par la recherche d'un équilibre économique entre les deux grands pays du Maghreb, au travers de potentialités en ressources naturelles (l'Algérie avec le pétrole, le Maroc avec le phosphate).

Le Maroc utilisa souvent l'arme du phosphate pour tenter de « neutraliser » les votes à l'ONU de puissances favorables aux droits des Sahraouis à déterminer leur destin.

Aux marchandages habiles entre pays concurrents à propos de l'approvisionnement en phosphates (dont de grandes puissances agricoles dépendaient, comme la Chine, l'URSS) s'est ajouté le « marché » des droits de pêche sur les côtes marocaines et surtout sur celles du Sahara occupé. Le chantage aux « accords de pêche » est actuellement pratiqué à l'égard de l'Union Européenne dans le dessein de faire plus précisément pression sur la France et l'Espagne.

Depuis 26 ans, les richesses du Sahara Occidental sont tour à tour vantées aux marocains pour leur faire oublier les dures réalités, proposées aux grands pays sous forme de marchés du siècle ou habilement négociées en échange d'avantages diplomatiques.

Les investissements réalisés par le Maroc dans le territoire occupé ne pourront jamais compenser les revenus de tous ordres tirés de l'exploitation des richesses du Sahara Occidental.

L'état de pauvreté affectant une partie importante des populations marocaines est pour beucoup dû à la guerre de conquête, aux frais occasionnés par une armée d'occupation pléthorique, se trouvant loin de ses bases – affrontée à un terrain où population et environnement lui sont franchement défavorables, au coût d'expatriation(3) des agents marocains.

(2) D'une qualité exceptionnelle, la teneur du phosphate du Sahara Occidental est double de celle du phosphate marocain.

(3) Les avantages d'expatriation accordés aux fonctionnaires et autres agents de la colonisation sont très importants, les salaires sont majorés de 25 à 75 % par rapport à ceux du Maroc. La vie sur place est facilitée, les denrées alimentaires et les produits de première nécessité sont importés du Maroc et fortement subventionnés. Il est juste d'ajouter que les colonisés ont accès aux produits subventionnés et aux autres mesures destinées à les « séduire », en particulier, l'exemption d'impôts qui ne profite bien sûr qu'aux « collaborateurs », les autres étant de toute façon trop pauvres pour en payer.

II - Diversité des attitudes et des intérêts des grandes puissances en fonction des époques.

1. Pourquoi cette non application du droit

Malgré l'apparente continuité, l'examen des faits montre que les analyses stratégiques des grandes puissances à propos du Sahara ont été influencées par des considérations politiques qui ont varié – même si c'est légèrement – selon les époques.

Présenter à grands traits ces étapes permet de comprendre les raisons des confusions actuelles et de mettre en relief les éléments favorables à la recherche de la paix.

Durant la guerre froide, la presse américaine spécialisée présentait le Sahara Occidental comme un territoire équidistant entre les U.S.A. et l'U.R.S.S. - hautement stratégique par conséquent -

Son occupation par l'Espagne rassurait les pays de l'Alliance Atlantique.

Tout a basculé lorsque le Général Franco se sachant malade, et pressé par les événements, annonce au Secrétaire Général des Nations Unies, le 21 août 1974 que le Référendum d'autodétermination du peuple sahraoui aurait lieu au cours du premier semestre 1975. Il est demandé à l'ONU de s'y associer pour que la consultation soit entourée de garanties internationales incontestables.

En réaction, le Maroc masse 2.000 soldats le long des frontières du Sahara Occidental et gagne du temps en sollicitant, dès septembre 1974, l'arbitrage de la Cour Internationale de Justice.

L'Espagne continue néanmoins les préparatifs du référendum et le 9 septembre 1975, une rencontre secrète a lieu à Alger entre le Ministre Espagnol des Affaires Etrangères et le Secrétaire Général du Front Polisario, El Ouali Moustapha Sayed, portant sur les modalités du référendum.

Mais … sous la pression d'un actif "lobby" pro-marocain et de la "marche verte" arrivée aux frontières du Sahara Occidental le 6 novembre 1975, l'Espagne fait brusquement volte face.

Le 8 novembre 1975, le Conseil des Ministres réuni à Madrid décide de transférer l'administration du Sahara Occidental au Maroc et à la Mauritanie.

L'Accord de Madrid signé quelques jours plus tard (14 novembre 1975) ne fait qu'entériner l'invasion militaire du territoire par les forces armées royales commencée alors que les regards sont concentrés sur la "marche verte"
.
De son côté, le Secrétariat des Nations Unies avait, peu avant la signature de l'Accord de Madrid, élaboré un plan (connu sous le nom de plan Waldheim) prévoyant les mesures à prendre pour assurer le référendum, en garantissant la sécurité et la liberté d'expression des populations appelées à se prononcer : l'envoi de casques bleus en nombre suffisant et la constitution d'une commission de l'ONU chargée de préparer l'organisation du scrutin.

Tout était donc imaginé, connu et prévu dans le respect des normes et des pratiques internationales.

Que s'est-il donc passé ?

Il convient de s'interroger sur l'impuissance de l'ONU et des gouvernants des grands pays du Conseil de Sécurité incapables de s'opposer à la force pour faire triompher le droit : Incapables, Indifférents ou plus simplement complices du Maroc ?

2. Des attitudes qui ne sont pas immuables.

Les fluctuations politico-diplomatiques sont fonction des mouvances des équilibres (ou parfois des désordres) internationaux et de l'évolution des orientations au sein des équipes au pouvoir dans les deux pays dont les choix pèsent si lourdement sur la destinée du peuple sahraoui : la France et les U.S.A.

Les faits significatifs retenus le seront par rapport à ces deux puissances.

Deux grandes périodes peuvent être identifiées : 1975- 1980 et 1981 - 2001.

A) Période 1975 - 1980

On est en pleine guerre froide. Les grandes puissances soutiennent de façon inconditionnelle leurs "alliés", sans se préoccuper des comportements belliqueux que ceux-ci peuvent avoir à l'égard de leurs voisins, sans se soucier de l'absence de démocratie ni du non-respect des droits de l'homme (4).

- L'engagement de la France

Le brutal abandon par l'Espagne de ses responsabilités vis à vis du peuple sahraoui et l'action du très actif « lobby » pro-marocain entraîneront la France dans un soutien total à la monarchie marocaine (et on peut observer que cet alignement perdure alors même que la situation qui l'avait engendré a changé).

A cette époque, il existait un accord de partage des responsabilités entre USA et France concernant le maintien d'un certain « ordre » au sein du continent africain. La France était chargée des pays qu'elle connaissait pour y avoir exercé l'autorité au moment de la colonisation. Elle s'est donc rangée, dans un réflexe guerre froide, aux côtés du Maroc, sans état d'âme.

Elle est même allée plus loin en lançant en septembre 1977 une opération militaire baptisée « Lamentin » destinée officiellement à assurer la protection de la Mauritanie, mais dont l'objet réel allait très au-delà.

Sur le plan diplomatique, Paris affirme de façon assez ambiguë son attachement « à la cause de la paix et de la sécurité dans le respect de l'indépendance des Etats et de leur intégrité territoriale ».

Après le changement de régime en Mauritanie, Paris souhaite un règlement par des voies pacifiques et par la négociation entre les parties concernées, avec l'aide des institutions internationales.

Selon Sophie Jacquin (5), Alexandre De Marenches mandaté par V. Giscard d'Estaing, aurait suggéré à Hassan II, en février 1979, plusieurs plans préparés par les services secrets français.

L'une des formules reposant sur une "indépendance – association" aurait pu constituer la base possible à l'époque d'une sortie de crise sans vainqueur ni vaincu. La réponse fut une fin de non recevoir.

En décembre 1979, le Ministre des Affaires Etrangères, J.F. Poncet, déclare devant l'Assemblée Nationale « La France », qui n'est impliquée en rien dans ce différend, ne saurait jouer un rôle de médiateur. Mais il va de soi que si toutes les parties le lui demandaient et si une possibilité de solution apparaissait, elle ne refuserait pas son concours ».

- Une nouvelle donne aux USA

Au moment de l'invasion du Sahara Occidental par les troupes marocaines, le contrat concernant le renouvellement des bases militaires américaines au Maroc est en fin de négociation. En pleine année de guerre contre le peuple sahraoui, l'aide américaine au Maroc est multipliée par dix (154,8 millions de dollars en 1976).

Tout évolue au moment de l'installation de Carter à la Maison Blanche (1977-1981).


Andrew Young donne à la politique étrangère à l'égard de l'Afrique de nouvelles orientations (agir sur une base multilatérale pour sortir de la confrontation Est-Ouest, aller vers des politiques régionales positives, tenir compte des aspirations à l'indépendance politique et économique des peuples africains, s'éloigner des régimes dictatoriaux).

Des bases militaires américaines au Maroc sont évacuées mais la coopération militaire demeure forte, un bureau américain de liaison (basé au Maroc) en est chargé.

Pour le Sahara Occidental, les attitudes découlant des orientations politiques précitées se traduisent par la reconnaissance limitée à l'autorité administrative de fait exercée par le Maroc (et non la souveraineté), la recherche d'une solution négociée sur une base régionale sans l'intervention des grandes puissances, la continuation de la fourniture au Maroc des armes dont l'usage devait être réservé strictement à la défense du pays à l'intérieur des frontières reconnues internationalement.

En 1979, après le changement de pouvoir en Mauritanie (6) et surtout après l'accord de paix mauritano-sahraoui, les USA, sous la pression du pôle militaro-industriel, optent pour une augmentation de 100 % de l'aide militaire au Maroc (7) . Aide assortie de deux conditions : accepter de négocier une solution politique et ne pas recourir au droit de suite.

En janvier 1980, des contacts informels avec le Front Polisario sont établis et Andrew Young se rend dans les camps de réfugiés sahraouis en Algérie. Il évoque pour le Sahara Occidental un avenir possible de nation indépendante.

En 1980, le Front Polisario a très nettement l'avantage militaire sur le Maroc (il contrôle 90 % du territoire) et la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) est aux portes de l'OUA (8)

- Le tournant de fin 1980

Pendant que les diplomates français et américains paraissent rechercher une solution de paix, les militaires de ces pays (auxquels se seraient joints des experts israéliens selon les Sahraouis), travaillent au service des forces armés royales, à la mise en place d'une stratégie des « murs » destinée à repousser le Front Polisario hors de la zone dite utile (celle des villes et des ressources exploitables) et à surveiller ses mouvements.

B) Période 1981-2001

- L'édification des murs.


Le 2 mars 1981, un tronçon du premier mur est inauguré.

De cette date à avril 1987, six murs seront construits assurant en plein désert une ligne de défense de 2.000 kilomètres, faisant passer de 10 % à 65 % la superficie totale du Sahara Occidental sous occupation marocaine (120.000 soldats, soit les 2/3 de l'armée marocaine occupent aujourd'hui le Sahara Occidental).

Les USA, de 1981 à 1992, connaissent les présidences Reagan et Bush.

Les portes ouvertes par Andrew Young se referment. L'allié marocain devient de plus en plus indispensable dans la stratégie américaine en raison de sa position géographique et du rôle de modération qu'il peut jouer au Proche Orient.

La coopération militaire se renforce (création d'une commission militaire mixte maroco-américaine) et surtout octroi par le Maroc de facilités de transit pour la force américaine d'intervention rapide.

La protection du Maroc (par rapport aux forces du Front Polisario) étant assurée par les murs en voie d'achèvement, le Maroc remplissant ses obligations d'allié complaisant, le monde de l'Est commençant à s'ouvrir, les USA voudraient voir prendre des initiatives diplomatiques à propos du Sahara Occidental. Souhaitant, comme la France, la stabilité au Maghreb par la recherche de l'équilibre entre les deux grands pays de la région, ils estiment, par la voix du vice-président Bush en visite à Alger (15/09/1983) que la fin de la guerre au Sahara passe par la réconciliation régionale et donc par la négociation entre les parties en conflit … que la France pourrait encourager, accompagner. En effet, dès la deuxième moitié de la décennie 1980, les USA (tentés un moment par un engagement unilatéral), paraissent vouloir laisser la France jouer à nouveau les premiers rôles au Maghreb.

En 1981, le pouvoir dans les trois grands pays concernés par la question sahraouie change de mains (USA, Espagne, France).

- Les effets du changement intervenu en France

Un court moment, la France s'éveillant aux couleurs du socialisme, se montre moins inconditionnelle dans son soutien au Maroc. La livraison de certaines armes est suspendue symboliquement en 1981, l'espace d'une année.

En février 1982, un bureau du Front Polisario est ouvert à Paris. Le Gouvernement français paraît vouloir prendre une initiative en vue de la résolution du conflit par la négociation.

La crise survenue entre Rabat et Paris à propos de la répression frappant le parti U.S.F.P. au Maroc retarde la prise de l'initiative un moment envisagé. Lors du tournant de 1983, dans le domaine diplomatique comme dans les autres, la France revient à des positions plus conformistes et fait la politique de ses intérêts (premier partenaire et premier investisseur dans l'état chérifien).

Officiellement, la France affiche un non engagement (« non ingérence » dans le conflit, maintien de la stabilité au Maghreb, négociation entre l'Algérie et le Maroc) mais dans la réalité, son soutien penche toujours fortement vers le Maroc, Il y a néanmoins des tentatives courageuses d'infléchir la position marocaine.

Lors de sa visite au Maroc (27-29/1/1983), François Mitterrand affirme la neutralité de la France et se prononce pour l'autodétermination du Peuple Sahraoui.

La question sahraouie continue à faire l'objet d'une attention soutenue à l'OUA.

Suite à une résolution de l'Organisation Continentale Africaine (2/12/1985) prônant une médiation ONU/OUA, le Secrétaire Général de l'ONU, Perez De Cuellar, propose le 20/3/1986 ses bons offices aux Parties. Selon certains auteurs, l'Arabie Saoudite aurait alors contribué, par plusieurs initiatives en 1987, à favoriser un climat de conciliation au point qu'Hassan II aurait dit que « si les Sahraouis décident de faire scission, nous serons les premiers à ouvrir une Ambassade dans leur capitale » (le Maroc, amputé par un budget militaire excessif, avait été ébranlé par les émeutes de la faim de 1981 et 1984).

En 1988, l'amorce de la fin de la guerre froide suscite un climat de détente au Maghreb.

L'atmosphère générale en faveur de la paix et du désarmement, la réhabilitation des Nations Unies fortement mises en cause sous Reagan, sont profitables au Maghreb.

Les USA exercent une pression décisive sur le régime chérifien pour qu'il accepte d'entrer en discussions pour la recherche d'une solution juste au Sahara Occidental.

La reprise des relations maroco-algériennes est accompagnée le 16 mai 1988 d'un projet de constituer une Union du Maghreb.

Le 7 juin 1988, les cinq chefs d'Etat de la région maghrébine présents à Alger pour une session de la ligue Arabe proclament leur intention d'une part, de mettre fin aux querelles entre voisins, et d'autre part, de créer un marché commun entre les pays de la région.

Le 11 août 1988, Perez De Cuellar, toujours Secrétaire Général des Nations Unies, présente son plan au Maroc et au Front Polisario (accepté par les deux Parties le 30 août 1988).

Le 17 février 1989, la signature du Traité de Marrakech créant l'Union du Maghreb Arabe suscite un réel espoir du côté des populations de tous les pays de cette nouvelle entité (malheureusement, la persistance du conflit au Sahara Occidental a empêché jusqu'à maintenant la concrétisation du projet).

Le 27 juin 1990, le Conseil de Sécurité des Nations Unies approuve le plan de paix et le 29 avril 1991, la Minurso (Mission des Nations Unies pour l'Organisation du Référendum) est créée pour le mettre en œuvre.

L'atmosphère entre le Maroc et la France s'obscurcit à nouveau sérieusement en juin 1990 (9). Au moment de la conférence de La Baule portant sur la démocratisation du continent africain, Hassan II dénonce l'ingérence française dans les affaires intérieures des pays.

La bouderie sera de courte durée en raison des liens d'interdépendance existants entre la France et le Maroc et des groupes de pression industriels, militaires, purement privés (rôle joué par des hommes politiques, des grands commis de l'Etat ou de l'industrie ayant des attaches avec le Maroc).

Lors du gouvernement de cohabitation dirigé par Balladur (1993-1995), une mission d'information confiée à un haut fonctionnaire du Quai d'Orsay (Jacques Lapouge) se rend dans le région de Tindouf du 3 au 6 décembre 1994. Les conclusions de la mission insistent sur la nécessité d'un compromis politique préalable auquel le référendum donnerait sa consistance juridique.

En 1995, l'élection de Jacques Chirac (très lié à la monarchie chérifienne), fait à nouveau pencher fortement le balancier vers la rive marocaine.

Le premier voyage hors d'Europe du Président français, deux mois après son élection, est pour le Maroc.

Lorsque la France renouera avec la cohabitation (premier gouvernement Jospin en 1997), le changement ne sera pas perceptible concernant la politique menée à propos du Sahara Occidental.

(4) Les grands ne se souciaient guère du peuple marocain pendant les années de plomb.

(5) Les Nations unies et la question du Sahara Occidental. Thèse de Géopolitique – Paris 8 Sophie Jacquin – décembre 2000.

(6) 10 juillet 1978.

(7) Des représentants, en particulier Stephen Solarz (démocrate) font savoir qu'armer le Maroc « prolonge la guerre plutôt qu'elle ne la raccourcit ». L'histoire leur a donné raison.

(8) La RASD sera admise à siéger au Conseil des Ministres de l'OUA le 22/2/1982. Ayant les 26 voix nécessaires à l'admission, elle aurait pu – et sans doute dû – occuper son siège dès 1980.

(9) Malgré la brouille apparente, le Maroc consomme en 1990 plus de la moitié du budget de la coopération militaire du Ministère français des Affaires Etrangères

Les USA s’engagent directement

Quand Bill Clinton arrive à la Maison Blanche le 20 janvier 1993, la politique vis à vis du Sahara Occidental reprend des couleurs démocrates.

Aux Nations Unies, des résolutions pilotées par des pays inconditionnels à l’égard du Maroc sont stoppées. Néanmoins, le Plan de paix n’avance pas, car les USA craignant l’hostilité de quelques sénateurs républicains opposés aux Nations Unies (et donc à la Minurso) s’abstiennent d’exercer les pressions sur le Maroc susceptibles de conduire à la résolution du conflit.

Il faut attendre 1997 pour que, sur la suggestion de Kofi Annan, les USA acceptent de s’investir directement dans le dossier. La période est d’autant plus propice qu’à la faveur des événements des Balkans, les chefs de la diplomatie américaine et française se concertent très souvent.

Les USA mettent comme conditions que l’envoyé spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, comme d’ailleurs le représentant du Secrétaire Général au Sahara Occidental,
soient américains.

Monsieur James Baker (ancien responsable de la diplomatie américaine, respecté, lié au Parti Républicain) est nommé Envoyé Spécial du Secrétaire Général au Sahara Occidental.

En 1998, le premier représentant spécial au Sahara Occidental est le meilleur connaisseur américain de la région, Charles Dunbar. Ses positions irritent le Maroc (les rapports du Secrétaire Général des Nations Unies inspirées par Dunbar sont à cette époque limpides, désignant clairement les actes s’opposant à la mise en route du plan de règlement). Charles Dunbar (comme d’autres avant lui) est conduit à la démission au bout d’une année. Il est remplacé par William Eagleton en 1999.

Jusqu’à la mort d’Hassan II, les USA considéraient que pour favoriser un meilleur climat économique, le libre échange, la transition vers la démocratie dans le royaume, il était impératif de trouver une solution juste au conflit du Sahara Occidental et s’employaient à la faire émerger.

Subitement, fin 1999, on observe un changement de la stratégie américaine.

Après avoir soutenu fermement pendant des années l’organisation d’un référendum juste et transparent, le représentant américain au Conseil de Sécurité se fait tout à coup l’avocat d’une « autre solution ».

Les amis du Maroc semblent avoir convaincu les USA que l’élection d’un nouveau Président en Algérie (mai 1999) et la disparition d’Hassan II (juillet 1999) permettraient de rechercher une solution non contrariante pour le Maroc.

L’attitude critique adoptée jusqu’alors par les USA à l’égard du royaume chérifien devient attentive et compréhensive, de plus en plus proche de celle du Quai d’Orsay.

Les USA optent pour une ligne politique éloignée de l’exercice normal du droit des peuples à l’autodétermination. L’effort diplomatique se concentre sur une tentative de rapprochement entre les deux grandes capitales maghrébines auxquelles on vante les charmes d’une telle opération. Cela s’est traduit surtout par une entreprise de séduction à l’égard d’Alger, à qui est promise une importante coopération si elle accepte un arrangement avec Rabat et procède à des changements économiques.

Pour donner l’apparence d’un équilibre, on parle d’une démarche « exigeante » à l’égard de Rabat à qui il est demandé d’accepter le principe d’un règlement accordant une réelle autonomie au Sahara.

En réalité, tout dans cette démarche est bénéfice pour le Maroc : éloignement de l’option indépendance pour le Sahara, perspective d’une réouverture de la frontière algéro-marocaine qu’il appelle de ses vœux depuis longtemps, etc.

Les milieux diplomatiques bien informés font état d’un accord « secret » entre les chancelleries française et américaine pour que le projet d’autonomie auquel le Maroc doit paraître se résoudre soit présenté comme un plan des Nations Unies de paternité américaine.

Tout un jeu de trompe l’œil pour que le Maroc ait l’air de subir les pressions des Nations Unies et des Etats Unis pour accepter l’autonomie interne du Sahara Occidental est développé.

En effet, quand la liste des votants sahraouis arrêtée selon des critères acceptés par les Parties, a été connue, le Maroc comprit qu’il ne pourrait jamais gagner le référendum par les urnes. D’où un brusque changement de stratégie afin d’échapper aux résultats d’un vote transparent.

Le Rapport du Secrétaire Général du 17 février 2000 exprime des doutes quant à la possibilité de parvenir à appliquer le plan de règlement des Nations Unies.

Ensuite, lors des consultations de James Baker auprès des parties (8 au 11 avril 2000) précédant le rapport du 22 mai 2000 du secrétariat de l’ONU, le Maroc affiche une réserve à l’égard d’un plan d’autonomie, destinée à son opinion.

L’hebdomadaire marocain « Demain » publie le 22 mai 2000 un article intitulé « Sahara, la solution serait américaine ».

Quelques jours après le rapport du Secrétaire Général des Nations Unies du 22 mai 2000 qui symbolise le grand virage, le Ministre Hubert Védrine déclare à l’Assemblée Nationale française : « La France partage l’évaluation du Secrétaire Général des Nations Unies sur les difficultés de mise en œuvre consensuelle du plan de règlement. Elle soutient donc la mission d’évaluation confiée par M. Kofi Annan à son envoyé spécial, M. James Baker ».

Mohamed VI est reçu avec beaucoup d’égard à Washington du 19 au 24 juin 2000. Il est invité, par le Président Clinton, à agir en direction de la Communauté Internationale en montrant ses bonnes dispositions concernant des négociations politiques sur l’autonomie du Sahara.

A partir de cette date, de multiples initiatives sont prises pour la promotion « internationale » de cette solution.

La France souhaite l’implication de l’Espagne, afin qu’elle participe avec les parties à la négociation de la « troisième voie » proposée … mais cette dernière, en raison de son opinion publique, se montre prudente.

Les Etats Unis veulent que le « dialogue » puisse inclure toute l’Europe.

En 2001, on assiste au développement de multiples missions vers les parties concernées et intéressées. Elles n’auront de chance d’aboutir que s’il s’agit de négociations réelles et non de pressions pour imposer une « solution » pré-déterminée, dans un sens favorable à la transformation de l’occupation du Sahara en annexion.

D’ailleurs, le Maroc a mis ses amis et protecteurs dans l’embarras en imposant dans le dernier « accord cadre » soumis au Conseil de Sécurité, une clause qui le rendait par avance caduque. Comment peut-on imaginer que l’autodétermination d’un peuple puisse être décidée par les votes de ses occupants ?

Lorsque le secrétariat des Nations Unies et les USA mettaient leurs espoirs dans cette autonomie, les diplomates américains suivant l’affaire étaient partagés. Les réalistes savaient que le Maroc tenterait encore une fois une diversion de dernière minute en présentant une autonomie dénaturée, les naïfs pensaient que cette dernière chance d’entrer dans une négociation pouvant conduire par paliers à une solution mutuellement acceptable, serait saisie par la monarchie chérifienne.

Dans ce cas, comme dans celui du Proche Orient, on se trouve aujourd’hui dans une situation peu propice au dialogue que seul le retour au plan initial pourrait contribuer à détendre.

En quelques heures, l’histoire du monde s’est accélérée avec l’effroyable tragédie du «World Trade Center».

Le Maroc qui baigne depuis plus de quarante ans dans une culture politique dépassée (entretenue par un personnel politique quasi immuable raisonnant en fonction de critères d’autres temps et d’intérêts trop personnels) doit s’adapter à une situation internationale qui va obliger à s’attaquer aux causes véritables des conflits au lieu de se limiter au traitement de leurs conséquences.

Les événements ayant douloureusement endeuillé les USA le 11 septembre 2001 devraient également conduire les grandes puissances à réfléchir aux conséquences de la prise en compte étriquée de leurs intérêts mercantiles et stratégiques trop immédiats, des engagements faits au nom d’amitiés trop complaisantes, de choix politiques non fondés sur l’éthique, le droit, l’expression démocratique.

La continuation d’un soutien militaire et politique raisonnable au Maroc aurait pu être souhaitable et comprise si elle avait été accompagnée d’une volonté résolue de faire respecter le droit international.

Toute prouve que lorsqu’elles ne se sont pas montrées purement et simplement, complices, les grandes puissances ont manqué de conviction, de rigueur et d’exigence concernant le respect du droit.

 

 

 

III - En conclusion

Les fluctuations diplomatiques qui viennent d’être décrites montrent que lorsque la France et les USA sont venus apporter leur soutien au Maroc, le confortant ainsi dans sa politique d’occupation du Sahara et son refus d’une solution acceptable entre toutes les parties, ils ont tout à la fois bloqué le règlement de la question Sahraouie et la construction du Maghreb et retardé le processus démocratique convenant aux valeurs et aux attentes des peuples dans cette grande région.

Par contre, chaque fois qu’une volonté de voir régler le problème a été exprimée avec un minimum de conviction par ces grandes puissances, un pas vers la paix a été franchi, qui aurait pu être décisif si les efforts avaient été poursuivis. C’est aussi à la période de l’option pour un référendum juste et équitable au Sahara Occidental que correspondent les premières initiatives de démocratisation au Maroc.

Un règlement aurait pu être possible au tout début de la décennie 1980 car les Sahraouis étaient en train de gagner sur le terrain. La stratégie des murs conçue et accompagnée par les USA, et surtout par la France, est venue contrarier cette possibilité.

Quant au processus référendaire, qui était pour les Sahraouis la contrepartie de leur décision de cessez le feu (6/9/1991), il a été subitement mis entre parenthèses en 2000 sous le prétexte de l’avènement de Mohamed VI dont on attendait un changement complet de politique !

La terrible tragédie du 11 septembre 2001 qui a endeuillé l’Amérique et heurté tous les démocrates épris de paix pourrait être l’occasion d’une réflexion d’ensemble concernant les exigences de la cohabitation pacifique entre les peuples, la nécessité de se référer aux valeurs et de respecter les règles, que la Communauté Internationale s’est données, l’impérieuse obligation de passer du discours sur le droit à son application dans les faits.

Les observateurs savent que le peuple sahraoui s’est toujours limité à résister à l’invasion militaire dont il était la victime, s’est toujours abstenu jusqu’à maintenant de recourir à des pratiques terroristes. Il a même évité d’entrer en conflit avec des militaires non marocains venus faire de « l’assistance technique » qui se trouvaient sur le terrain des opérations.

Le fait que les Sahraouis soient peu nombreux, autorise-t-il certaines puissances à leur refuser le bénéfice de droits internationalement reconnus ?

Ou alors, est-ce leur « naïveté » qui est en cause, comme l’ont dit certains diplomates onusiens, parce que les Sahraouis continuent à croire à certaines valeurs comme le respect de la parole donnée, le sens de l’honneur, l’attachement aux règles établies par la Communauté des Nations ?

L’histoire pourtant nous apprend que les peuples patients, aptes à la négociation, ne doivent pas être conduits à la désespérance.

Des événements récents montrent que rien n’est plus dangereux qu’un peuple dont on casse la cohérence collective car l’individuation brutale qui en résulte peut conduire à des comportements excessifs.

Une des caractéristiques des peuples nomades, c’est leur aptitude à faire face à l’adversité et à se regrouper pour résister chaque fois que le moment l’exige.

Si l’on observe l’histoire connue du peuple sahraoui depuis son entrée en contact avec la colonisation, on s’aperçoit que la résistance a été continuelle avec des pics tous les dix ou quinze ans.

Toute solution qui n’aurait pas l’assentiment du peuple originaire de cette contrée serait à terme productrice de grands désordres.

Parmi les attitudes politiques des grandes puissances, la plus propice à un accord de paix était sans nul doute celle préconisée par Andrew Young (tenir compte des aspirations à l’indépendance politique et économique des peuples, agir sur une base multilatérale, faire évoluer les régimes dictatoriaux, rechercher une solution dans le cadre d’un ensemble régional).

A propos du Sahara Occidental, le retour sur les faits témoigne que la seule période ayant permis d’ouvrir la négociation politique – avec un consensus autour d’un plan de paix – correspondant à la volonté de construire le Maghreb.

A l’époque, les grandes puissances ont contribué de façon essentielle à la création du climat nécessaire à l’entreprise.

Malheureusement, les grandes puissances ont aussi toujours fini par céder aux divers chantages dont elles étaient l’objet de la part du Maroc et l’ont ainsi encouragé dans une politique du pire.

L’attitude hégémonique du Maroc est une interprétation dangereuse de la « Umma » considérant que tout territoire habité par des musulmans pourrait être soumis au pouvoir d’une autorité musulmane voisine.
Comment des Etats attachés à la démocratie peuvent-ils aider une monarchie, dont le prince se désigne lui-même comme Emir des croyants, à accaparer les terres et les richesses de peuples voisins ?

Le recours au droit est la seule façon de traiter, dans le respect strict des règles des Nations Unies, la question du Sahara Occidental.

Il n’est donc pas possible de faire l’économie de l’autodétermination du peuple sahraoui et seul ce dernier peut se prononcer sur son destin.

Nations Unies et puissances ayant un rôle international ont le devoir de protéger les ressources du Sahara Occidental car d’une part, elles appartiennent au peuple sahraoui et d’autre part, leur exploitation sert aux trafics d’influence vis à vis de pays ou d’organisations multilatérales.

Les représentants sahraouis ont souvent affirmé qu’ils étaient prêts à partager les fruits de leurs richesses dans le cadre de l’édification du Maghreb. En laissant commettre le pillage, c’est à ce souhait d’un grand marché commun régional que l’on nuit.

La construction du Maghreb nécessite comme préalable la paix … la paix au Sahara. Mais la paix au Sahara Occidental nécessite la sécurité garantie pour les différents acteurs, dans le pays même et chez ses voisins.

Cela suppose une solution juste et acceptable … juste pour les Sahraouis, acceptable par le Maroc et rassurante pour les autres pays. Cela suppose la non occupation du Sahara Occidental par une armée dont la présence est ressentie comme une menace par d’autres. Cela suppose sans doute la présence d’une autre force, une force neutre, une force non pas d’occupation mais de paix, susceptible de protéger et de favoriser une longue et délicate œuvre d’apaisement, de réconciliation, de cicatrisation des plaies du passé et de construction d’un avenir partagé.

C’est à cette œuvre que les Grandes puissances doivent apporter leur précieux concours si elles veulent réellement favoriser la construction de ce Maghreb uni et solidaire, de ce partenaire économique viable et performant qu’elles appellent de leurs vœux.

AMT



Article ajouté le 2007-07-01 , consulté 36 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " Revue de Presse "

Retour aux articles



Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever