Mauritania UNDERGROUND

Monologues Intérieurs

 

 

Derrière les chants mélangés aux quatre coins de la capitale, il n’y a que des hymnes à la personnalité, à la bonne moralité, on veut que vous votiez..

Que me font leurs chants ? Que me font leurs témoignages ? Quand ils m’accompagnent sur mon chemin de croix, quand ils m’escortent vers ma tombe et sont la cause de mon désarroi ?

 

Derrière les voix, sous les jeux de lumière, des hommes se dressent, ils font de grands gestes et le microphone amplifie leurs effets et votre imagination fait le reste. C’est à celui ou à ceux, qui en feront le plus, qui en offriront le plus, mais c’est toujours vous qui en aurez le moins.

 

Quand je dis « Vous » ne se sent concerné que l’homme juste, l’homme intègre, pauvre très souvent parce que ne sachant pas nager en eaux troubles. Ce qui n’exclut pas bien entendu la sympathie et la compassion de certains autres.

Faire son beurre en faussant toutes mesures, en faisant fi de toutes les règles, en s’accommodant de la malhonnêteté, en la propageant, en la rendant agréable à regarder, ce n’est pas à ça que l’homme juste sent son âme appelée.

 

Et par un effet que j’attribue à la providence, « il » n’arrive jamais à forcer ce qu’il ne peut accepter, ce qu’il ne souhaite reproduire.

L’homme juste, qui se sent dépayser dans cette atmosphère étouffante, endure en silence comme le lui commande sa foi.

Il endure ces traitements d’indifférence de la part de son propre peuple, qui confond progrès et décadence.

Il endure et il attend,  parce que ce en quoi il espère transcende la douleur et l’impatience.

 

Quel cœur cependant, fragile et faible devant la souffrance de ceux qu’il aime, peut se résigner à subir de ces autres avec qui il vit, les conséquences irréparables de leurs comportements outranciers ?

 

Derrière le bruit confus des klaxons et des crissements de pneus, la ville bruisse d’une agitation silencieuse. Les choses qui résistent aux changements ou que le changement ne parvient pas à atteindre, sont celles précisément qui doivent changer.

Qui se préoccupe de la vie vraie des gens simples ? De leurs conditions, de leurs besoins, de leurs réalités ?

Qui se charge d’interpréter les signes qui se trouvent nichés au cœur de leur quotidien ?

 

Dans les allées des rues marchandes par exemple, où leurs pieds foulent constamment, la saleté et les détritus ; Ou encore, les odeurs qu’ils traversent, qu’ils côtoient et dont ils finissent par être imprégnés ; Pour finir enfin, sur l’anarchie qui règne et qu’ils acceptent de bon gré et à laquelle ils s’adaptent sans rechigner ;  Cet état de fait n’est pas que la conséquence du comportement des usagés ou des commerçants, loin s’en faut ; Cet état de fait est la marque caractéristique du manque évident, d’un quelconque  dévouement ou intérêt pour ce pays et pour ces habitants ;

 

Que dire de nos marchés ? Pour la plupart il s’agit de terrains vagues, encadrés de boutiques, où cohabite pêle-mêle différents corps de métiers, dont on aurait jugé au premier abord, le rapprochement improbable ; La promiscuité et l’insalubrité des lieux, ne décourage pourtant pas nos hommes et femmes de bonne volonté, à y faire commerce de leurs vies et du fruit de leurs labeurs ;

Répéter le même processus aux différents domaines qui intéressent habituellement les gens et vous constaterez que sans exception la méthode est la même (ou l’absence de méthode dans notre cas). 

La précarité des honnêtes gens ne saurait souffrir de vétilles liées à un confort inatteignable, tout comme la vie des honnêtes gens est bien trop occupée, pour s’adonner sérieusement à l’arbitrage des idées et des volontés politiques tardives ;

 

Loin de l’euphorie prévisible, consécutive à la victoire du règne de la liberté, on assiste à une forme de retenue conspiratrice, qui oscille entre silence coupable et propagation de rumeurs infondées ou au contraire trop justement fondées ; Les mentalités bousculées s’étiolent, tandis qu’à la hâte les consciences on rafistole !

 

Loin du soulagement espéré, c’est l’attente perpétuelle d’explications, d’indications, ou même de consignes qui fait défaut ;

On nous avance des raisons, qui nous placent en position d’urgence, pour que nous ne puissions pas avoir le temps de la réflexion ;

Parce qu’au fond, les hommes de pouvoir sont les mieux informés, ils savent parfaitement et sans l’ombre d’un doute, ce qu’ils sont en droit d’attendre et d’exiger du peuple ;

 

Si nous nous faisons encore des illusions sur le pouvoir, le pouvoir ne se fait plus aucunes illusions sur nous ! Le pragmatisme que nous inspire les périodes de transition ou d’exception est tel, qu’il nous semble compréhensible et acceptable de ne pas trop en demander à nos libérateurs ;

 

Comment rompre d’avec la facilité qu’entraîne l’habitude, sans avoir préalablement distinguer les mécanismes qui la régentent ?

Voudra-t-on nous faire croire qu’on peut soumettre à caution la probité ?

Je crois que les habitudes ont la dent dure et que cela prend du temps pour s’en débarrasser, surtout des plus mauvaises !

Je crois qu’il est important et sainement vitale de réaliser ensemble une introspection qui pourrait s’avérer salutaire sur le plan humain.  

 

Il s’agit de trouver en nous même l’inhérence de notre communauté de destin, la force de nous régénérer à l’abri de toutes ingérences et la faculté de convertir nos idées en objectifs à réaliser ;

 

Derrière les promesses et les belles paroles, je vois le dépit des vieux guerriers sans armures, à qui on a imposés trop longtemps le rôle peu glorieux de moulins à vent et qui souhaite « utopiquement » s’en affranchir définitivement aux yeux de tous, dans cette dernière bataille d’honneur (qu’est pour eux cette élection présidentielle) ;

Derrière les promesses et les belles paroles, je perçois de l’impudeur qui semble se manifester selon mes observations, sous la forme d’un langage de connivence, qui traduirait implicitement mais sur un ton néanmoins péremptoire, la nécessité dans laquelle nous sommes de nous conformer à l’état actuel des choses, car nous en sortirions selon leur dires raffermis et en mesure de nous lancer vers le progrès  (lequel ?)

 

Promesses éparses, ajustées aux caractères, adaptées aux circonstances ;

Promesses concédées de guerre lasse, qui semble être accordées par indulgence ;

De peuple victime de l’imposture à peuple imposteur, il n’est qu’un pas qu’on a tôt fait de franchir !

 

La légitimité populaire n’est qu’un butin de guerre parmi tant d’autres, elle appartient aux vainqueurs, qui la façonne selon des exigences qui ne sont même plus les leurs ;  

Songez un instant qu’il n’est pas question ici d’une révolution où le peuple aurait réclamé son auto-détermination ;

Songez qu’il est question d’une récupération pure et parfaite de l’armée, des pouvoirs exécutifs et législatifs et qu’il s’agit de comprendre pourquoi ?

 

Les libertés rétablies sont des libertés de circonstances, des libertés dénuées de toute substance ;

Des libertés fades qui ne réjouissent que les calamités de notre société, en leur octroyant entre les lignes, la carte blanche qui leur manquait ;

Les libertés dont je « Vous » parle, ont leur prix et sont dorénavant ouvertement proposées à la vente ;

En vérité, ces libertés facilement abandonnées, cache la misère des nombreux intérêts mis en péril, par le seul et unique Putsch du 08 juin 2003 ;

Ces intérêts qui ont été revu à la hausse depuis, notamment par les nouvelles perspectives de nos richesses souterraines, représentent les malversations commanditées sur plusieurs décennies, de ceux que nous considérons comme des hauts responsables ;

 

Et il est de l’intérêt de ces intérêts de bénéficier d’une stabilité sur mesure, pour contenter les appétits féroces en présence ;

Cette stabilité est immortalisée par l’avènement du gouvernement de transition mis en place par le CMJD ;

 

Le peuple Mauritanien, entité à elle-même demeurée indéfinie, comme suspendu dans le temps par un jargon sémantique, ne peut former un ensemble, qu’en tant qu’il se considère et se constitue comme tel par un contrat social ;

Ce peuple là, qui existe quelque part entre le désir et la réalité, ne demande qu’à participer aux responsabilités pour pouvoir les assumer en toute conscience ;

Ce peuple là suggère ; « Ne méprissez pas la plèbe, la masse ou la foule, quand vous vous revendiquez d’elle ! »

Nous avons soif d’un véritable et honorable courage politique car nous avons la nostalgie de la vérité et de l’effet qu’elle procure ;

 

La tâche est difficile quand on l’observe par le bon bout de la lorgnette, quand on la replace dans son milieu originel, dans sa chronologie et son aboutissement ;

Personne ne devrait logiquement se bousculer, pour succéder à la succession qui est celle que l’on connaît sans la connaître tout en la connaissant ;

Je veux dire par là que personnellement et mon opinion n’engage que moi, je n’ai pas l’impression d’avoir été informée sur l’état de la gestion qui a précédé l’arrivée du gouvernement de la transition ;

Pas de chiffres, pas de détails, une passivité à la limite de l’allégeance ;

Quoi donc ? La gestion n’était-elle pas si catastrophique ?

Ou dans un ultime effort de raisonnement, faut-il y voir l’aveu involontaire des anciens du régime, incapable qu’ils sont de rejeter ou de renier leurs œuvres ?

 

Un système ne repose pas sur un homme,  entretenir cette idée a le bénéfice de stigmatiser toutes les haines vers un seul objet.

Qu’est-ce qu’un seul homme sans l’appui indéfectible de ceux qui le hisse au rang de leader ?

Le culte du Surhomme est une bagatelle offerte par les flatteurs. C’est un piège sournois où se laisse morfondre les plus pitoyables d’entre nous !

Assez de cette chimère de l’Homme tout puissant !

Des générations d’hommes, de femmes et d’enfants ont contribués de leurs vies à cette aberration.

D’un côté ou de l’autre de la barrière, voir parfois au dessous, ou carrément en dehors.

Embargo sur le droit d’exister, sur le droit de survivre et sur celui de comprendre.

 

Douée Mint SNEIBA



Article ajouté le 2007-06-17 , consulté 18 fois

Commentaires



Poster un commentaire





http://





Merci de recopier le nombre présent à gauche dans la case de texte ci-dessous ( Pourquoi ? )





Liens

Voir les articles de la catégorie " De moi à Vous "

Retour aux articles



Recommander ce blog | Contacter l'auteur | Reporter un abus | S'abonner au blog Flux RSS du blog | Espace de gestion

Créer un blog gratuit avec Blog4ever