Discrimination Arabes/Berbères et politique Coloniale
Elemine OULD MAHOMED BABA, La discrimination Arabes/Berbères aurait-elle partiellement inspiré
la politique coloniale en Mauritanie?,
MASADIR : Cahiers des Sources de l'Histoire de la Mauritanie, n°3, 2002, pp. 101-107.
La discrimination Arabes/Berbères aurait-elle
partiellement inspiré la politique coloniale en Mauritanie?
Elemine OULD MAHOMED BABA
Chercheur à l'Inspection Générale (IGEST)
L'historiographie de l'époque coloniale semble avoir relativement bien traitée de la
question de la stratégie coloniale dite d'assimilation en Mauritanie ou tout au moins de sa
variante locale qui a consisté en une exploitation de la contradiction entre les deux
aristocraties Zouaya et Hassanes. Une destruction systématique de l'ancienne classe
guerrière fut ainsi entreprise à travers la déposition des émirs et la dépossession des
guerriers de leurs privilèges qu'ils tiraient auparavant de leur statut de protecteur et de
déprédateur. Sur cette confrontation d'apparence fonctionnelle (ordre temporel et spirituel)
s'est greffée une politique dite musulmane qui a permis la mise à contribution des chioukhs
dans les domaines de la propagande et du renseignement et par l'entremise de laquelle le
conflit entre les confréries a largement servi la cause coloniale.
Au-delà de ces aspects, l'ambiguïté du comportement des encadreurs coloniaux,
l'intérêt qu'une recherche scientifique « très pragmatique » a accordé aux fameux îlot
berbère et la relative similitude entre les composantes ethniques de Mauritanie et
l'environnement humain du Maghreb, où une certaine politique algérienne a été vulgarisée,
seraient-ils des indices permettant d'envisager la présence éventuelle d'une stratégie fondée
sur la ségrégation Arabes / Hassanes en Mauritanie?
L'objectif de la présente ébauche sera donc de tenter d'envisager la politique
d'occupation coloniale sous l'angle de l'exploitation d'une ligne de partage raciale plutôt
que fonctionnelle ou religieuse en se référant à «l'exemple» maghrébin. Il s'agira en somme
de débusquer l'éventualité de la présence, ne serait-ce que sous une forme très timide, d'une
réelle politique des races pour ne pas dire raciste.
Dans une phase préliminaire, la théorie telle qu'expérimentée en Algérie et au
Maroc sera succinctement décrite. Dans un second temps, on s'attellera à rechercher les
incidences théoriques aussi bien que pratiques de la stratégie au niveau des écrits et des
comportements des décideurs coloniaux en Mauritanie. En dernier lieu, on tentera de
discuter la question pour aboutir autant que faire se peut à une synthèse.
Avant d'aborder la théorie ségrégationniste de l'école algérienne obnubilée par un
prétendu conflit sempiternel entre Berbères et Arabes, il convient de rappeler les origines
du mythe berbère qui la sous-tend. Ce mythe s'inspire en effet largement de quelques
indications de la Mughadima d'Ibn Khaldoun dans lesquelles la littérature coloniale a puisé
de manière abusive1. Ibn Khaldoun note l'incompatibilité entre la nature des Arabes et les
exigences de la civilisation, leur aversion pour toutes les formes d'autorité de même que
1 voir la discussion de la question in Jirmân, A. (1986) Dirâsât vi tarîkh al Maghrib. Casablanca: Najah., P 35
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leur tendance à la rapine et l'effet dévastateur de leur passage assimilé parfois à celui des
essaims de sauterelles.
A partir de ce stéréotype, « les orientalistes du Maghreb » ont cultivé le mythe d'un
« bon sauvage berbère » dont les trois principes sont la nature irréconciliable des berbères
et des Arabes, la supériorité de l'élément Berbère et la facilité de son évolution et enfin la
possibilité de son intégration (assimilation) à la civilisation européenne à l'opposé d'un
groupe arabe qui serait pour ainsi dire intraitable. Il se rattache à ces visions un certain
nombre de considérations dont l'opposition naturelle entre le caractère industrieux des
Berbères et celui déprédateur des Arabes qui sont de surcroît étrangers (asiatiques)2 et
profondément islamisés tandis que les Berbères sont des autochtones dont l'Islam n'est
qu'un vernis et qui disposent par ailleurs d'un tronc commun avec la civilisation européenne
hérité de la présence romaine et byzantine3. Le milieu Berbère constitue selon cette
idéologie un terrain favorable à la civilisation occidentale d'autant plus que son passé
chrétien et romain le prédispose à une assimilation prompte de l'héritage occidental. Il doit
cependant être «prémuni» de la «contagion» de la religion musulmane et de la langue arabe,
bref l'élément arabe devient en somme l'ennemi commun des colons et des Berbères.
Cette « communion » des destinées nous amène à passer en revue certaines
manifestations de la politique coloniale au regard de la ségrégation Arabes / Berbères.
Ce fut en Algérie et durant sa longue période coloniale que cette politique fut
élaborée. L'administration coloniale s'attela à isoler les Berbères et plus spécifiquement
ceux de la Kabylie du reste des habitants et en particulier des Arabes. Cette région
rassemblant les conditions optimales aux yeux des colonisateurs, fut considérée comme un
laboratoire pour les méthodes coloniales; on y appliqua à partir de 1855 le 'urf au lieu de la
chari'a4.
Au Maroc, la politique des tribus se donnait pour objectif d'isoler les Berbères du
Makhzen en les gérant hors d'un domaine où prédominait la langue arabe et la religion
islamique. Le Dhahir berbère, couronnement de cette politique sanctionnait juridiquement
la rupture entre les tribus berbères soumises au 'urf et les tribus arabes soumises à la
juridiction islamique5. Notons au passage que certains Kabyles furent envoyés au Maroc par
les autorités françaises pour faciliter la communication et pour une plus grande efficacité de
l'entreprise. L'arrivée de Coppolani en Mauritanie pourrait-elle s'inscrire dans le
même registre? Les procédés coloniaux seraient-ils foncièrement différents ici de ce qu'ils
ont été en Algérie ou au Maroc?
Il faut noter de prime abord que cette colonie se trouve aux confins d'une Afrique
où W. Ponty avait entamé une politique des races visant à isoler les populations animistes
des populations islamisées. D'autre part la littérature coloniale révèle souvent des relents du
2 Jirmân, 1986, P 22
3 Hsayn, A.H (1987) Usûl siyâsati varança al Barbariya ila ghayati sanati 1930 . Rabat: FLSH., P 12 et 105
4 Hsayn, 1987, P 12
5 Hsayn, 1987, P 60-61
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La discrimination Arabes/Berbères aurait-elle partiellement inspiré la politique coloniale en Mauritanie?
mythe berbère: à une sympathie certaine pour ce groupe correspond une haine apparente
des Arabes même si les appellations de Berbères et Arabes laissent ici la place à celles de
Zouaya (ou Marabouts) et Hassanes. En ce qui concerne les origines, il est utile de rappeler
que les auteurs coloniaux et particulièrement le plus prolixe d'entre eux Marty
considéraient que tous les Zouayas avaient une origine berbère voire chleuh. Il écrit « les
membres des tribus maraboutiques (...) sont d'origine berbère de la branche des Sanhadja et
se rattachent par leur ascendance au Chleuh du Sous et de l'Anti-Atlas »6 Cette assertion
permet de comprendre les rapprochements et les transpositions ultérieurs tout en précisant
l'acception du terme Marabout chez ces auteurs.
Dans la plupart des études, les Zouayas paisibles et laborieux autochtones sont
comparés aux bandes de pillards Hassanes. l'antagonisme est continuellement soulevé entre
« les Hassanes conquérants et (les tribus religieuses) tributaires constamment pillés et
pressés »7. L'introduction en milieu berbère de « sémites, nomades, guerriers et pillards,
devait être (selon marty) une cause de troubles »8. Les arabes sont ainsi perçus comme des
rapaces qui ne vivent que de « violences et de rapines »9 ou encore selon les termes de
Faidherbe « des pillards turbulents qui ne produisent rien et qui gâtent tout »10 . Les
marabouts par contre sont « des gens comme nous les aimons (...) de paisibles
commerçants »11 une population laborieuse «dont Ibn Khaldoun a vanté la cohésion »12. On
peut conclure par cette comparaison assez tendancieuse en citant Marty pour qui
« l'effacement des berbères est tout à fait regrettable (...) La civilisation berbère, pratique et
progressiste, valait bien les coutumes arabes, négatives ou oppressives, issues d'un
nomadisme invétéré, impropre à toute évolution sérieuse »13
Les marabouts (berbères) se présentent ainsi comme les alliés naturels de
l'occupation française dont le but serait de les libérer de l'emprise des Hassanes (Arabes)
Coppolani était sensé secouer la passivité des Zouayas après l'échec de Faidherbe 14.
On retrouve donc au niveau de la littérature coloniale de Mauritanie la même
vision manichéenne opposant un élément berbère très avantagé à un élément arabe accablé
de tous les attributs péjoratifs. Les marabouts comme les kabyles ou les chleuhs, alliés
naturels de l'Europe civilisée, devaient, selon ces auteurs, profiter de la "protection
française"-
6Marty, P. (1919) L'Emirat du Trarza. . Paris: E. Leroux. P 345
7 Gillier, C ( 1926 ) La pénétration en Mauritanie. Paris: Guethner.P112
8 Marty, 1919, P 15
9 Gillier, 1926, P 63 et 66
10 Marty, 1919, P 115
11 Idem
12 Poulet, G (1904). Les Maures de l'Afrique occidentale française. Paris :Challemel. P 3
13 1919, P 23
14 Marty, 1919, P 116
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Parmi les composantes de cette théorie, on retrouve l'image du peuplement berbère
retranché dans une zone refuge ( régions montagneuses de kabylie et de l'Anti- Atlas ) . Le
même cliché est présent en Mauritanie où l'aire du parler berbère est comme "écrasée sur
l'océan"15.C'est aussi ce à quoi renvoie l'acception même du vocable îlot généralement usité
pour désigner cet espace qui a bénéficié d'un intérêt relatif de la part des chercheurs de
l'époque coloniale. Les études scientifiques assez intéressées et grandement coordonnées
avec le pouvoir colonial ont en effet traité de la question ( Faidherbe, Basset, Dubié,
Nicolas...). On apprend par exemple que Basset était envoyé en mission par le
gouvernement français pour faire ses études en Mauritanie16. Cet intérêt pour les
berbérophones et la tendance des chercheurs à se focaliser sur le degré de la déperdition de
cette langue par rapport au Hassanya, constituent des indices qui peuvent nous amener à
suspecter la tentation d'orienter la méthode coloniale vers une politique similaire à celle
prévalant au Maroc ou en Algérie .
L' encadrement français était par ailleurs assez "imprégné" de la théorie.
Rappelons que Faidherbe était de ceux qui pensaient que le berbère aurait une origine
européenne et défendait par conséquent la colonisation séparée17. Coppolani a été formé
"spirituellement" et administrativement en Algérie18. Basset a fortement défendu la politique
de discrimination au Maroc en insistant sur la nécessité d'imposer la loi du 'urf aux
populations de la seyba19. Marty enfin est considéré comme le chef d'orchestre de la
classification ségrégationniste20; il était en particulier responsable du bureau de la politique
autochtone chargé justement de l'élaboration et de l'application de la politique berbère au
Maroc21.
Cette mobilité du personnel colonial entre les territoires maghrébins expliquerait
une éventuelle importation en Mauritanie de théories et de pratiques provenant des rives de
la Méditerranée.
Au niveau donc de la production théorique et de l'état d'esprit des décideurs, la
Mauritanie coloniale a bien été affectée par la politique des races basée sur la
discrimination arabe / berbère. Il importe cependant de savoir dans quelle mesure ces
paramètres ont -ils eu des incidences sur la réalité des stratégies coloniales qui ont présidé à
l'occupation et à l'administration française du territoire.
L'occupation française a été entamée sous les auspices de Coppolani dont la
stratégie a justement privilégié les tribus maraboutiques. Sa prétendue politique "pacifique"
15 Marty, 1919, P 347
16 Faidherbe, L.L. ( 1889 ) La France dans l'Afrique occidentale . Paris: Hachette.P 45
17 al Wavy, T. (1991) Bilad Al Sous Al Aqsa Vi Al Asri Al Wasît. Mémoire. Tunis: FLSH. P32
18 Vuillemin , G.D (1999) Mauritanie Saharienne . Paris: Harmattan. PP 10-11-12
19 Hsayn, 1987, P 63
20 Boutaleb, 1989, P 123
21 Hsayn, 1987, P 28
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La discrimination Arabes/Berbères aurait-elle partiellement inspiré la politique coloniale en Mauritanie?
dont l'objectif avoué était "de dégager les populations paisibles et laborieuses du fardeau "
des "bandes armées"22 n'est rien d'autre qu'une intégration aux divisions internes "du pays
maure" et particulièrement à un conflit latent entre Zouaya et Hassanes23. Ses contacts avec
différentes personnalités religieuses à St. Louis et à Dagana lui ont permis de préparer le
terrain à l'occupation ; il reçoit ensuite en 1902, à R'kiz les délégations des principales
tribus maraboutiques qui aspirant à la sécurité après une période trouble24, offrent leur
soumission25.La présence française rendant les privilèges Hassanes caducs, le prestige moral
et les richesses des Zouaya connaîtront une réelle progression au détriment du statut de la
classe guerrière qui périclite26.
L'occupation coloniale a donc bien engendré un nouvel équilibre des forces au
détriment des Hassanes (arabes) et à l'avantage des Zouaya ( berbères ?). Il est intéressant
de noter que le principe de la politique d'assimilation qui consiste à désagréger la société en
la décapitant, n'a pas été pleinement mis en application en Mauritanie. En effet, la classe
des marabouts tout en étant relativement victime du régime anté-colonial n'en représentait
pas moins une composante de l'aristocratie d'une société bicéphale27. Le fait que ce groupe
soit resté relativement indemne après l'arrivée des colonisateurs est la preuve de
l'application sélective du programme idéologique dont l'objectif annoncé était pourtant de
libérer les classes inférieures du joug de l'aristocratie avec une référence insistante aux
principes égalitaires de la révolution française28.
Cette ambiguïté de la politique coloniale se manifeste par ailleurs par la timide
action émancipatrice à l'égard des esclaves29 et des tributaires30.
On peut d'autre part évoquer l'absence d'une politique musulmane. En effet malgré
la persistance d'un litige inter confrérique, et la prééminence des grandes figures de l'Islam
telles que Cheikh Sidiya Baba, Cheikh Ma El Aynin, Cheikh Hamahoullah Ou Cheikh Saad
Bouh, L'Islam ne semble pas avoir préoccupé (dans une première phase tout au moins)
l'administration coloniale31. L'aspect secondaire de la politique musulmane porterait du coup
la politique des races au rang des priorités dans l'entreprise de sape visant à soumettre le
22 Vuillemin, 1999, P 30
23 Ould Mohamed Baba, 1984, P 12
24 cf analyse de la crise politique du trab al bidhan à la fin du XIXé siècle et surtout la situation au Trarza, Ould
Mohamed Baba, E ( 1984 ). La société beidhane face à la colonisation française, Mémoire, ENS.., P 12 et 13
25 Ould Mohamed Baba, 1984, P 15
26 Ould Mohamed Baba, 1984, P 42
27 Ould Mohamed Baba, 1984, P 3
28 Vuillemin, 1999, P 124
29 Ould Cheikh, in Bernus , E .& autres ed. ( 1993 ) Nomades et Commandants Administration et sociétés
nomades dans l'ancienne A.O.F. Paris: KARTHALA. PP 181-192
30 Bonte, in Bernus(ed), 1993 PP 69-79
31 Poulet, 1904, P 149 . Gillier, 1926, P 285
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pays ce qui correspondrait pour le cas d'espèce à une exploitation de l'opposition
Zouaya/Hassanes .
Mais en abordant l'histoire de la pénétration coloniale au nord (c'est à dire à partir
du Tagant), on constate cependant un changement de politique caractérisé par une
intensification des opérations militaires et l'application de la politique d'association ou
d'apprivoisement; deux politiques dont le principe est une collaboration avec les Hassanes.
Les Zouaya jusque là alliés de l'administration seront désormais supplantés par les Hassanes
qui offrent l'avantage d'auto-administrer le pays (par les émirs) et d'aider à assurer la police
du territoire ( utilisation des guerriers Hassanes dans les formations mobiles).
Ould Hamody explique ce revirement par une différence de vocation; le
"spiritualiste" Coppolani aurait ainsi été l'ami des marabouts tandis que les militaires
comme Frérejean, Montané ou Patey s'identifieraient aux guerriers Hassanes32.
Dans le même ordre d'idées, on peut se demander si l'application d'une alliance
avec les Zouaya au sud et un rapprochement avec les Hassanes au nord n'exprimerait pas un
certain rapport des forces ethniques. Tout en se gardant de systématisation, on peut noter
que le poids démographique des Zouaya semble plus considérable dans le sud (Trarza,
Brakna) en comparaison avec un peuplement plutôt Hassanes des régions septentrionales.
On serait tenté de penser à un déterminisme ethno-démographique et géographique qui
expliquerait à la fois la différence de politique adoptée par le colonisateur et l'attitude
conciliante à son égard des gens du sud ainsi que la résistance des tribus du nord 33.
Une analyse de quelques aspects de la dynamique coloniale permet donc de déceler
certaines formes de jugement de même que des comportements assimilables à ce qui a
prévalu dans les pays maghrébins confrontés à la politique basée sur la discrimination entre
Arabes et Berbères. Mais autant que nos sources le permettent, on ne décèle aucune allusion
à une volonté d'isoler les Zouaya des Hassanes. Il n'a pas été non plus question de
l'établissement du 'urf à la place de la juridiction musulmane34 encore moins d'attaque
ouverte contre les valeurs de l'Islam ou une remise en cause considérable des acquis de
l'arabisation.
Ces éléments qui furent ailleurs les fondements de cette politique n'ont
manifestement pas tenté le colonisateur dans un pays où les berbérophones constituent les
plus grands défenseurs de l'arabité et les dépositaires des valeurs de l'Islam. Il peut paraître
paradoxal et demeure certainement significatif, que l'une des tribus mauritanienne qui
compte la plus grande densité d'érudits en langue arabe et de poètes soit aussi celle où l'on
dénombre la plus grande concentration de berbérophones. La réalité du terrain a dicté aux
32 Ould Hamody, Md Said (2000). Le face à face pluriséculaire avec l'Europe 1415-1960 Imprimé de la
commission du projet sauvegarde et restauration et valorisation du patrimoine mauritanien.. Nouakchott PP 23-24
33 cf discussion de la controverse résistance et coopération, Ould Mohamed Baba, 1984, PP 34-43
34 Stewart, in Bernus (ed) 1993, PP 81-86
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La discrimination Arabes/Berbères aurait-elle partiellement inspiré la politique coloniale en Mauritanie?
administrateurs avertis35 une grande retenue au sujet d'une question particulièrement
délicate leur interdisant ainsi de franchir le rubicond.
Quoique les ingrédients d'une politique de discrimination soient réunis par la
présence d'un encadrement colonial suffisamment imprégné de cette théorie, l'existence de
l'élément de discrimination privilégié : le parler berbère de même que la réelle
contradiction des intérêts entre deux classes sociales, l'islamisation profonde et
l'enracinement de l'arabité ont manifestement dissuadé un pouvoir colonial qui n'a eu par
ailleurs que l'embarras du choix entre une panoplie de lignes de rupture dans une société qui
prêtait un flanc miné par les contradictions d'ordre lignager, économique et politique. Les
inimités entre les émirats et à l'intérieur même des familles émirales, les conflits séculaires
entre les tribus de même que la persistante concurrence entre les confréries constituaient
autant de failles qui permettaient à l'occupant d'avoir tout le loisir de diviser pour asseoir sa
domination.
35 Témoignages de la grande érudition des maures, Faidherbe, 1889, P 45
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