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L'origine des Maures

Histoire de la Mauritanie: Par Docteur Hamahou Allah Ould Salem, professeur d’Histoire à l’Université de Nouakchott Lauréat du Prix Chinguitt 2006 I-

L’origine des Maures:

Le «Tarikh al beydhane» qui signifie l’histoire de ce qu’on appelle communément la société maure renvoie à la fin d’une période historique qui s’achève en 1903 avec la colonisation française du territoire qui sera celui de l’actuelle république islamique de Mauritanie.

Au-delà des frontières tracées par la colonisation, cette histoire concerne un espace naguèreconnu sous le vocable «Bilad Chinguitt». C’est l’espace dans lequel se sont déroulées les toutes premières opérations du mouvement almoravide et qui a connu, dés le XIVeme siècle, la substitution de la langue arabe aux dialectes berbères.

Cet espace est, également, considéré comme un ensemble humain qui a subi les mêmes influences historiques et dont le parler commun dérivé de l’arabe s’effectue par «le hassaniya» lequel constitue l’un des dialectes les plus proches de la langue arabe pure.

Compte tenu de ce qui précède , l’histoire des Maures s’identifie à celle de l’espace qui comprend, outre la Mauritanie, d’autres régions voisines liées avec elle par une foule de facteurs tels que la parenté, la langue, les usages et coutumes.

Cet espace mouvant dans lequel les chameliers sont, constamment, à la recherche de pâturages s’étend vers le nord jusqu’auWad Noun marocain et jusqu’ aux confins du Touat algérien.

A l’Est, l’espace des Maures qu’ils appellent, eux mêmes «Trab el Bidhane» par opposition à «Trab Assoudane», englobe la région de l’Azaouad (au Mali).

Une telle délimitation nous permet de contourner les frontières politiques lesquelles impliquent des lectures historiques controversées, pour explorer un univers culturel plus à même de renseigner sur la vie des gens ainsi que sur les mutations sociales survenues dans le temps et dans l’espace.

Le «pays des Maures» ainsi compris a été désigné par diverses appellations dont les plus connues sont «Bilad Al Moutalathimin», qui veut dire «le territoire des hommes enturbannés», ou encore «Bilad Chinguitt». Cette dernière appellation, assez ancrée dans l’imaginaire des Arabes de l’Orient, est intimement liée à la multiplication des pèlerinages organisés par les habitants des anciennes cités du Sahara.

Le terme «Sahara» est, par ailleurs, souvent utilisé pour désigner ce vaste territoire peuplé, à travers les ages, par des grands nomades. Il est intéressant, à ce sujet, de remarquer que l’expression «Mauritanie» qui correspond à un concept romain bien connu dérive, elle même, du mot Amazigh «Atmour tnagh ou Tmour tenna» qui signifie «notre terre», cette appropriation, qui évoque un sentiment national, est probablement liée à la forte résistance que les célèbres tribus maures ont opposé aux Romains, aux Vandales et autres conquérants des anciennes terres amazigh.


De nos jours, l’histoire des Maures ou «tarikh al bidhane» constitue un aspect fondamental de l’histoire de l’actuelle Mauritanie. Mais pour des raisons évidentes ce tarikh se limite à l’histoire des «Arabes du Grand Sahara» ou «les arabo-berbéres» (selon une terminologie assez courante) y compris le groupement haratine majoritairement originaire des peuples anciens lybico-berberes, notamment des Gara mantes ou «berbères noirs».

Cette histoire n’englobe pas celle des habitants du pays issus d’autres collectivités «négro-africaines» (Soninkés, Hal pular, Wolofs.). Ces collectivités sont, cependant, fortement liés avec l’ensemble maure et ont, elles mêmes, fondé des entités étatiques d’un intérêt capital pour l’histoire de la sous région.

D’ailleurs, les mouvements de grandes reformes qui se sont développés au sein de ces collectivités ont exercé une influence notoire sur toute l’étendue de « Bilad al Bidhane».

Parmi les plus anciennes de ces entités étatiques «négro-africaines», l’empire du Ghana dont la seconde capitale «Koumbi Salah» se situe au sud-est de la Mauritanie (fondée par Saleh Al Idrissi, l’ancêtre des chérifs de Tichit) et qui a dominé, dans l’actuel Mali, jusqu’au XVèmesiècle a constitué l’une des étapes importantes du commerce transsaharien.

Dans le même ordre d’idées, il conviendrait de citer l’avancée du conquérant peulh Tanguella et celle de son fils Colé qui ont envahi la haute vallée du fleuve Sénégal au niveau de laquelle ils ont soumis la SénéGambie et introduit le dialecte Pular provoquant ainsi une profonde mutation qui s’est soldée par l’assimilation de nombreuses tribus devenues, depuis lors, partie intégrante du peuple «Hal pular» (les gens dont le parler s’effectue par le Pular ou la Fulaniya)..

Il importe de souligner que cette mutation similaire à celle qui s’est produite au niveau de la société maure a accompagné l’expansion des tribus arabes des Bani hassanes qui ont, dans les mêmes conditions imposé leur pouvoir et leur dialecte aux autochtones Sanhaja.

Plus récemment, la plus influente de ces entités «négro- africaines» a incontestablement étél’Etat fondé par Al Haj Omar Al Fouty (m. 1864) lequel a, complètement, bouleversé les équilibres politiques, religieux et humains dans les vallées des fleuves du Sénégal et du Niger et qui a eu une influence, aussi bien positive que négative, dans divers domaines.

Cette précision étant apportée, il convient de signaler que l’étude du tarikh précité parait d’autant plus indispensable que les approches existantes, en la matière, sont largement insuffisantes.

Dans ce domaine, l’offre se limite à des travaux académiques trop spécialisés ou à des études dont l’historicité est bien douteuse. Dans certains cas, la méthodologie fait, cruellement, défaut aux études disponibles tandis que dans d’autres cas, celles-ci correspondent à une compilation maladroite des légendes et des mythes ou à une manipulation des faits, voire à un trafic des généalogies.

En outre, ces études sont, souvent, discréditées par les invraisemblables hypothèses et par le manque d’honnêteté intellectuelle de leurs auteurs. Pour surmonter ce genre de lacunes courantes, il faudrait éviter les conclusions faciles et les déductions rapides en se concentrant sur les profonds bouleversements qui ont façonné la société maure.

Dans cette perspective, il conviendrait de mettre l’accent sur des grands événements tels que les énormes mouvements migratoires, les principaux conflits, les changements structurels au niveaux social, politique, spirituel et économique qui ont été à l’origine de la formation de l’ensemble maure. Cette origine (Asl) se dessine, globalement, à travers les mutations fondamentales qui ont résulté de la conquête islamique, de l’Etat almoravide, de l’immigration arabe «hassane», du conflit entre les Sanhaja et le Bani Hassane.

La pénétration coloniale est, également, un événement d’un grand intérêt dans l’étude de cette histoire mais contrairement aux mutations précédemment citées, cette pénétration n’a pas eu d’incidence notable sur l’organisation sociologique des Maures et ce, malgré l’atrocité des comportements que les envahisseurs français ont adopté vis à vis des autochtones.

Il existe, en plus, d’autres événements qui n’ont pas eu d’incidence notable dans la vie des maures même si, par ailleurs, ils les ont conservé dans leur mémoire collective.

C’est, notamment, le cas de la campagne du Roi Mansour Assa’di (Maroc) contre l’Etat Songai (1591) qui s’est soldée par la chute de Toumbouctou, capitale culturelle de cet empire noir et qui occupe une place prépondérante dans l’histoire culturelle des Maures.

C’est aussi, la précédente campagne, moins connue et sans effets notoires, des mêmes saadites en 1584 qui a visé tout le littoral atlantique jusqu’à l’embouchure du fleuve Sénégal et dontl’aboutissement pacifique est dû à succès des négociations menées par le représentant des autochtones, Brahim Ben Redouan, l’ancêtre des Fal Gannar.

Mais c’est, surtout, le cas de la «guerre de Char Babba» déclenchée par Nacer dine (d’origine lemtouna) qui s’est déroulée dans le sud ouest mauritanien à la fin du XVIIeme siècle et qui a été un événement d’une courte durée, d’ailleurs, limité à une zone bien précise.

Cette guerre, dont l’étrangeté est d’être décrite, uniquement, par les vaincus, possède une valeur symbolique aux yeux des tribus Zwayas qui y ont participé, mais paradoxalement, dans la mémoire des vainqueurs, issus des tribus arabes., d’habitude enclins à la célébrationde leurs exploits, cette guerre fait figure d’un non événement.

L’origine des Maures (II éme Partie)

Pour remonter l’origine des Maures, il conviendrait, tout d’abord, d’explorer des ages aussi anciens que confus. Ce temps s’achève avec l’islamisation dont les débuts se situent aux VIIeme et VIIIeme siècles de l’ère chrétienne Mais l’étape qui suscite davantage l’intérêt dans la formation de la société maure correspond, sans aucun doute, à la genèse, dans le Sahara des hommes enturbannés, de l’Etat almoravide.

L’histoire de cet Etat qui a pris naissance en Mauritanie actuelle et dans ces environs immédiats a été suivie d’une époque qui s’étend du XIIeme au XVI eme siècles et dont les données sont, pratiquement, absentes de l’enseignement de l’histoire.

Viennent ensuite d’autres périodes qui sont, successivement, l’arrivée des Arabes Hassanes, la fondation des cités, la formation des émirats et des chefferies hassanes, la prospérité puis la décadence de la société tribale, le début de la Sayba (anarchie) qui a accompagné une profonde crise accentuée par l’embargo européen destiné à préparer l’occupation du pays.

Toutes ces périodes constituent des étapes essentielles et peuvent servir comme un fondement à une périodisation. Périodisation de l’Histoire de la Mauritanie. La périodisation est, par nature, un exercice complexe dont le but est de repartir l’histoire universelle en étapes. Elle consiste à sélectionner des événements décisifs qui annoncent une ère laquelle devrait se terminer par d’autres événements d’une intensité similaire.

Cet exercice devient plus difficile quand il s’agit d’aborder l’histoire régionale ou locale. Globalement, l’histoire universelle est composée par des grandes périodes qui se succèdentselon le schéma suivant :

L’histoire ancienne qui commence à partir de l’apparition de l’alphabet et se termine par la chute de Rome, l’histoire médiévale qui s’achève par la découverte de l’Amérique, l’Histoire moderne dont la révolution française constitue l’aboutissement, l’histoire contemporaine qui prend fin avec la seconde guerre mondiale, laquelle constitue, le début de ce qu’on a pu designer, de manière quelque peu équivoque, par l’histoire actuelle.

Il reste entendu que les historiens sont divisés aussi bien au sujet de ces périodes que sur les débuts et les fins précédemment évoquées. Il faut dire, aussi, que la dite périodisation est purement académique. Son but est de faciliter l’étude de l’Histoire. Une telle répartition artificielle heurte le sens de l’histoire de l’expérience humaine laquelle correspond à un fleuve des événements dont le cours est bien difficile à détourner.

Au demeurant, la périodisation universelle, construite par les historiens de l’Europe et ceux de l’occident contemporain, ne saurait être contraignante pour l’ensemble des civilisations, dans la mesure où la répartition de l’Histoire qui en résulte découle de leur expérience spécifique et de leur regard à l’autre.

De ce fait, la périodisation universelle ne peut être appliquée à l’étape médiévale qui commence avec l’apparition de l’Islam et se termine avec la chute de Bagdad. Durant cette époque, la civilisation arabo-islamique a connu une exceptionnelle prospérité tandis que l’Europe vivait à l’ombre de ce qu’elle appelle, elle même, «le moyen age obscur».

A ceci, il convient d’ajouter que la fixation des commencements et des fins relève d’une manifeste abstraction qui autorise bien de divergences au sujet des événements décisifs.

C’est ainsi que la chute de Rome qui constitue une référence d’un intérêt capital au niveau européen, n’a pas pour les musulmans, une importance particulière. Néanmoins, la logique des deux histoires islamique et européenne se confond au sujet de certains grands événements qui ont influencé sur le cours de «l’Histoire universelle» comme la fixation du début de l’Histoire moderne par la chute de Grenade ( 1492) qui correspond à la découverte de l’Amérique.

Le XVeme siècle aura, de ce point de vue, été le début du repli de la civilisation islamique et, en même temps, celui de la renaissance européenne. La périodisation de l’Histoire d’un pays déterminé ou celle d’un territoire délimité comme la Mauritanie ou d’autres pays est, quant à elle, assez délicate dans la mesure où ce genre de périodisation implique le respect d’un équilibre entre les événements d’une portée universelle et ceux qui n’ont qu’une dimension locale.

A cet effet, il est indispensable d’assurer une cohésion entre les mutations survenues à la périphérie et celles qui se sont produites au centre. Avec un peu d’audace, il est, cependant, permis de répartir l’Histoire de la Mauritanie selon les ages suivants :

L’Histoire ancienne qui correspond à une période incluse entre le second millénaire avant J-C et le VIIeme siècle de l’ère chrétienne. Cette période commence avec l’apparition des Chars introduit par le peuple des Gara mantes. Cette apparition constitue, en elle même, une révolution dans l’histoire du Sahara et un début des échanges effectifs avec les Romains de l’Afrique du Nord.

C’est, d’ailleurs, pour cette raison que les autochtones ont, depuis cette époque jusqu’à nos jours, collé la qualification de « Aghremman» à ces «berbères noirs», ancêtres de la majorité des actuels haratines. La qualification qui signifie littéralement les petits Romains traduit, en fait, une référence aux relations commerciales et politiques que les Gara mantes entretenaient avec les Romains.

L’Histoire ancienne ainsi délimitée s’achève avec la conquête islamique du Sahara au VIIeme siècle après J-C. L’histoire médiévale qui commence avec la conquête islamique au VIIeme siècle de l’èrechrétienne, premier siècle de l’hégire et se termine en 1591. Cette période correspond au Temps des Sanhadja qui se divise en deux :

Le premier temps des Sanhadja qui commence par la conquête islamique et s’achève avec la fondation de l’Etat almoravide et durant lequel, les tribus des Mutalthimoun (les enturbannés) ont fondé un Etat dont la capitale fut Aoudaghost ( situé au Hodh El Gharby actuel).

Le Second temps de Sanhadja débute, quant à lui, sur la naissance de l’Etat almoravide et prend fin avec le désordre consécutif à la chute de Tombouctou ( 1591) Cet événement a, profondément, bouleversé la vie au Sahara et a provoqué , notamment dans la zone située au Nord du fleuve du Niger, l’écroulement des institutions religieuses, culturelles et économiques. Cette chute, a également, été suivie «d’une migration des cerveaux» vers le Nord, d’une dispersion des chemins des caravanes aussi bien au Nord qu’à l’Est ainsi que de l’ascension des principautés païennes au sud.

Cette ascension fut, par ailleurs, accompagnée de la présence européenne sur la façade maritime du pays. Au total, la chute de Tombouctou qui a mis fin à l’existence de l’Etat Songai a été un événement majeur qui a, fortement, secoué la stabilité des entités politiques et sociales auSahara et au Soudan. . 

L’histoire moderne correspond, globalement, à ce qu’on peut appeler le temps des Hassane .C’est, en effet, durant la période qui va de la chute de Tombouctou ( 1591) au célèbre combat de Lehneikat ( 1778) que la domination de ces tribus arabes, sur la quasi totalité du territoire de la Mauritanie actuelle, a été effective.

L’une des conséquences immédiates de ce combat entre les Idaw ich d’origine Sanhadja et les Arabes Beni Hassan, fut la fondation de l’Emirat du Tagant et a, long terme, ce combat a eu pour effet la fin du vieux conflit déclenché depuis le XIVeme siècle et qui opposait les Emirats lemtouna aux tribus arabes .

La fin de ce conflit a été déterminante dans la constitution de la société maure dans sa forme actuelle. L’histoire contemporaine : Cette période commence à partir de la fin du combat deLehneikat en 1778 et se termine en 1903 avec la domination coloniale. Histoire actuelle : il s’agit d’un concept nouveau qu désigne la période incluse entre l’après seconde guerre mondiale et la fin de la guerre froide .

On peut considérer que le début effectif de cette période en Mauritanie correspond à la naissance, en 1960 , de l’Etat national. A vrai dire, la périodisation de «l’Histoire nationale» est, quelque soit le pays étudié, une entreprise délicate qui ne saurait être définitive.

Cette périodisation se construit su un discours identitaire, naturellement, controversé. De même une telle entreprise s’inscrit, forcément, dans une perspective évolutive et obéit à une incontournable révision et à un débat permanent.

L’origine des Maures (III eme Partie)

Pour être plus précise, la périodisation de l’Histoire du pays devrait être fondée sur l’observation des profondes mutations qui ont affecté le mode de vie et le cadre naturel de celui-ci.

Dans cette optique, il est possible d’étudier, suivant des siècles, les circuits de production. Il est, également, permis de recenser les mutations structurelles qui ont intégré le mode de vie des maures durant les périodes médiévale, moderne et contemporaine.

Il est, en outre, intéressant d’étudier, toujours dans la même perspective, les mouvements migratoires et les déplacements collectifs d’un territoire à un autre. Il convient de souligner que les sources de la préhistoire ainsi que celles de l’Histoire ancienne se limitent aux indices archéologiques et autres données dont l’exploitation relèvede l’histoire naturelle ou de l’archéologie préhistorique.

S’agissant de la période médiévale des sources écrites sont disponibles, du moins en ce qui concerne le premier temps des Sanhadja .Ces sources résultent, essentiellement, des écrits des géographes et voyageurs arabes ainsi que des fouilles archéologiques effectuées dans les anciennes citées : Koumbi Saleh, Aoudaghost, situées à l’Est de la Mauritanie actuelle.

Par contre pour le second temps des Sanhadja , nos sources sont assez rares, dispersées et même, parfois , silencieuses. Sur cette période opaque qui s’étend de la fin de l’Etat almoravide jusqu’au XV eme siècle , des données intéressantes sont , cependant, fournies par l’histoire de Tombouctou, celle de Wadane et de Walata ainsi que par les Portugais.

Les «histoires» moderne et contemporaine, sont, quant à elles, marquées par l’apparition du document politique utilisé, surtout, par les Emirats et les chefferies Hassane .

De même, durant ces deux périodes, il y’a eu dans les cités et les campements, un remarquable développement du document civil qui sert à dater les transactions et les événements sociaux.

C’est à ce genre de pratiques, qu’il convient de rattacher les chroniques qui mémorisent les sécheresses, les famines, les faits de guerre et les biographies des notables.

Parmi, les historiens, les plus en vue, de ces deux périodes, on peut citer Ahmed ibnou Al Haj Arragady Al kounty ( m.1717) qui serait le premier historien connu du pays .

On peut, également, mentionner Mohamed Salah ibnou Abdel Wahab Annassyri (m.1854). Il convient, enfin, de signaler que les chroniques des cités et les travaux des jurisconsultes ( Fatwas et consultations) constituent une précieuse source pour reconstituer la vie quotidienne des gens et pour cerner les mutations structurelles qui se sont produites, à travers les siècles, dans la pensée, dans la vie sociale ainsi que dans le mode de vie.

Toujours est-il que l’un des effets les plus manifestes de l’Histoire moderne aura été la recomposition de la société maure suivant une stratification qui fixe des fonctions spécifiques selon les catégories sociales. Ainsi, l’organisation traditionnelle de la société maure héritée du temps des Hassanes est structurée de la manière suivante : 

Les Hassanes (ou Arabes) forment une «couche» qui dans la hiérarchie sociale des Maures occupe la plus haute position, on les appelle Ahl Showka qui signifie littéralement «gens à épine» et qui fait allusion à la force de caractère qui sied à leur mode de vie. Celui-ci est, généralement, basé sur les rezous et sur la guerre. Ils vivaient, essentiellement, des redevances (Magharim) imposées aux tributaires et des taxes (Aghfar) qu’ils percevaient sur le commerce des caravanes exercé par les tribus Zwayas.

Les hassanes sont , pour la plupart d’entre eux, issus des tribus arabes Beni Hassane qui, à la faveur de la migration hilalienne, en Mauritanie dés le XIV eme siècle. D’autres Hassanes sont, cependant, issus des tribus Sanhadja qui ont su garder un esprit d’indépendance et une vocation guerrière.

Les Zawayas ( ou Tolbas) constituent la seconde «couche» dans la hiérarchie sociale. Les Zawayas sont des tribus, généralement, pacifiques ayant une inclinaison pour le Savoir et la religion. Les membres de cette «classe» assument les fonctions de l’imamat (au sens de la guidance de la prière), de la judicature, de la consultation ( Foutya), de l’enseignement et se chargeaient, également, de l’organisation des caravanes du pèlerinage .

En outre, ils exercentdes activités d’ordre économique tels que le commerce, l’élevage et le forage des puits. Dans leur majorité, les Zawayas, sont issus des tribus almoravides ( mourabitounes) mais certaines tribus Zawayas appartiennent aux Arabes venus au Sahara, sur plusieurs ages , en provenance d’autres territoires.

Al lahma (Aznagas) forme la troisième «couche». Le concept «Lahma» dérive du mot «al istilham» évoqué par Ibnou Khaldoun et implique une intégration et une ’annexion. Cette «classe» comprend les collectivités vaincues. Dans sa majorité, elle est d’origine Sanhadja. Il convient, d’ailleurs, de signaler qu’ à l’origine le terme Az naga désignait les Sanhadja. Mais une partie de la Lahma , appelés Aznaga, est formée par des Arabes Hassanes qui ont été vaincus et soumis à la suite des combats qui les ont opposés à leurs «cousins» . As Sunn’a ( M’alminin) sont une «couche» dont les membres exercent l’artisanat et dont les membres sont d’origines différentes elle comprend des arabes, des Sanhadja, des Noirs ( soudane) et d’autres . En raison de son rôle commercial et économique, cette couche est plutôt liée aux Zawayas.

Les Igawen ( en arabe Mouganoun) s’occupent de la musique et de la chanson, certains d’eux viennent de l’Andalousie, ils sont, en majorité , d’origine touareg ou soudanaise ( noire) , ils sont, organiquement, liés avec Ahl Showka, (les Hassanes).

Les Haratines : «couche» dont les membres ont une couleur qui à tendance au brun foncé voire à la noirceur. Les Haratines font partie de la société beydane arabe comptent , dans leurs rangs, de nombreux Mawalis ou affranchis . Le concept Haratine dérive de l’expression «Ahardhan» qui qualifie un métissage produit de la liaison entre un berbère et une négresse. Les vrais ancêtres des Ha ratines sont les habitants des anciennes oasis. Ce sont des berbères liés aux Noirs qui appartiennent au peuple des Gara mantes ( Agh Roumman) et qui vécurent dans la Libye romaine avant de se disperser dans le Sahara pour échapper à la pression des Romains ou pour se rapprocher des mines d’or . Une partie des «nouveaux» haratines est issu des collectivités négro-africaines qui se sont arabisées et ont intégré la société beydane arabe, à l’instar des berbères arabisés.

Les Abid (ou esclaves), issus de la traite négrière transaharienne qui faisait partie du commerce caravanier et qui s’est accentuée durant les guerres menées au XIXeme siècle par Al Haj Omar Al Fouty contre les Royaumes Bambaras païens ainsi que d’autrescollectivités soudanaises.

A elle, seule cette organisation sociale des Maures, dont les séquelles sont encore vives, renseigne sur la constitution de la société mauritanienne qui s’est réalisée à partir d’une antique structure autochtone.

Des mutations profondes ont façonné cette structure, particulièrement, durant le temps des Almoravides et celui des Hassanes. Les autochtones parmi les habitants du pays, les plus célèbres, les tribus Sanhadja ont envahi, dés le IIIeme siècle de l’ère chrétienne, le territoire avec d’autres tribus berbères en provenance de l’Afrique du Nord.

Ces tribus ont, donc, occupé le Sahara suite à une migration dont les débuts remontent aux anciens temps, bien avant ère chrétienne L’avancée des Sanhadja a repoussé d’autres collectivités ayant des liens avec celles du néolithique.

Le dessèchement progressif des lacs avait conduit ces collectivités à se réfugier dans hautes et basses vallées des étendues aquatiques ainsi que dans celles des oueds des régions montagneuses.

La disette devait, par la suite, contraindre ces anciens habitants à s’organiser dans des villages dont les activités se sont multipliées avec l’arrivée des nouvelles collectivités.

L’origine des Maures IVême Partie)

Au cours du premier millénaire qui a précédé l’ère chrétienne, les berbères ont, totalement, envahi le territoire de l’actuelle Mauritanie.. Les gravures rupestres attestant leur présence depuis cette époque se sont superposées à celles de leurs prédécesseurs.

Il semble que, par rapport aux populations villageoises du proche néolithique, ces générations de berbères s’adaptaient mieux à la sécheresse engendrée par les nouvelles conditions climatiques.

Les gisements de Fer et du cuivre ont, par ailleurs, largement, contribué à l’adaptation des nouveaux arrivants qui ont vécu dans les villages, progressivement, dépeuplés par leurs habitants. Les berbères ont, sans doute, favorisé ce dépeuplement dans la mesure où leur arrivée a, profondément bouleversé les équilibres culturel et démographique et a provoqué, sous la contrainte, un exode des populations villageoises précitées.

Néanmoins, il convient de souligner que la preuve de cette contrainte n’a, jamais, été apportée. A ce sujet, une discussion approfondie (colloque de Dakar 1976) a porté sur la véritable identité des populations appartenant à la race éthiopienne dont la présence au grand Sahara a été évoquée par Hérodote.

On sait juste que pour désigner les habitants de cet espace, l’historien grec avait employé l’expression ’’les gens aux visages brûlés’’. Mais la portée réelle de cette expression n’a pas été, jusqu’à présent, éclaircie. Toujours est-il que dans la seconde moitié du deuxième millénaire avant JC, des chars à deux roues (parfois à quatre) tirés, généralement, par des chevaux et rarement par des bœufs, ont envahi le Sahara.

L’introduction de ce type de chars soulève une difficulté bien précise qui, depuis longtemps, suscite un débat de spécialistes. En fait, tout ce qu’on sait, à propos de la présence de ces fameux chars, se limite à leur illustration par les dessins gravés sur des roches.

Une étude portant sur l’emplacement de ces gravures estime qu’elles se trouvent éparpillées, à travers le Grand Sahara, dans 800 localités Mais à l’exception de l’environnement rocheux dans lequel ces chars ont été immortalisés, aucune autre indication, dans l’espace concerné, ne permet d’aborder, avec exactitude, ce sujet.

Pourtant l’origine de ces chars est, on ne peut plus, claire. En effet, il est constamment admis que le char à deux roues attaché à deux ou quatre chevaux constitue un armement traditionnel de guerre bien connu dans les environs de l’Est de la méditerranée et dont la présence remonte à plus de trois mille ans.

Le char en question a été utilisé par la plupart des peuples de cette région et particulièrement les Romains mais aussi les Libyens, les Gara mantes et les Gétules.

Les auteurs grecs notamment Hérodote, Diodore et Strabon signalent que la familiarisation de ces derniers peuples avec le cheval date de la fin du deuxième millénaire avant l’ère chrétienne.

Ces utiles précisions sur les chars ont été rapportées par Bowba Ould Mohammed Naffee ainsi que par d’autres auteurs spécialistes de la préhistoire de la Mauritanie. Les ancêtres des berbères enturbannés Selon R. Mauny, les libyco - berbères sont les ancêtres des Sanhadja qui étaient, depuis des temps immémoriaux, présents dans la région.

Parmi ces ancêtres, le peuple des Gara mantes est, sans doute, le plus connu.

Les Gara mantes sont les anciens habitants de Fezzan (actuelle Libye) qui , semble-il, furent les fondateurs d’un Etat dont l’emprise sur les routes commerciales du Sahara était notoire. Leur capitale s’appelait Germa. .Hérodote fut le premier à les avoir cité, dans le livre IV en ces termes assez descriptifs : «c’est là où vivent des gens nombreux qui s’appellent les Gara mantes, qui possèdent des bœufs et qui se déplacent dans des chars aux quatre chevaux»..

Il importe de souligner qu’une divergence de perception se dégage des descriptions relatives à la couleur des Gara mantes. Mais cette divergence ne concerne, visiblement, que le degréde leur noirceur. Les Gara mantes se disaient, eux même, plutôt foncés voire foncièrement noirs tandis que les Grecs les trouvaient justes un peu foncés..

Il est, en tout cas, certain qu’ils furent le seul peuple qui avait la possibilité de traverser le désert vers le sud. Il semble que les motifs de cette traversée tenaient, principalement, aux échanges commerciaux ou à la chasse aux animaux tels que les éléphants, les autruches etc.

A ces Gara mantes, ancêtres de la majorité des Haratines de l’actuelle Mauritanie, certains historiens rattachent, également, les Touaregs dont la parenté avec les Sanhadja sera, ultérieurement, évoquée.. A présent, il faudrait garder à l’esprit, qu’il y’a eu dans l’évolution de ce peuple libyco-berbère, une période cruciale au cours de laquelle le Cheval s’est séparé du char pour devenir la monture qui permet l’invasion du Sahara.

Cette invasion qui s’est transformée en habitude s’est renforcée, au début de l’ère chrétienne, avec l’arrivée du Chameau. Il est permis d’affirmer que la présence au Sahara des ces premiers berbères qui, au cours de leur mouvement vers le sud, introduisirent les chars au Sahara, date de trois mille ans pour la simple raison qu’avant cette date, les chevaux étaient inexistants dans cette région laquelle a été, par la suite, affectée par la sécheresse insupportable pour le cheval.

Les ’’charretiers’’ ont investi un territoire habité par des populations qui pratiquaient l’élevage des vaches et qui ont, par la suite, été contraintes, par la mutation du climat, de se déplacer vers les confins du Sahara.

Ainsi, les nouveaux arrivants sont devenus les maîtres des lieux et ont fourni, pour la postérité, la preuve irréfutable de leur présence en gravant leurs chars sur les façades intérieures des grottes ainsi que sur les roches.

En outre, cette période a connu l’apparition d’un élément nouveau qui est celui de l’écriture dite ’’Tifnagh’. Mais on ne sait rien du lien entre cette nouveauté culturelle et les gravures qui ont été léguées par les premiers berbères pour lesquels, les chars étaient un symbole de prestige.

Il est bien probable qu’en raison de leur technicité rudimentaire inadaptée aux zones difficiles à traverser, ces chars n’ont pas pu jouer un rôle important dans le commerce. Malgré une forte animosité entre les Romains et les Gara mantes, les deux parties ont tissé une curieuse alliance qui a été, à l’origine, de deux importantes campagnes dirigées par les Romains, à travers, Fezzan en direction des territoires du sud.

Ces deux campagnes ont été menées sous le règne de Trajan (100 avant JC). La première campagne a pénétré dans les territoires du Soudan tandis que la seconde a atteint Agisimba dans les terres de l’Ethiopie. Il se peut que l’apparition du chameau aie été la cause directe du subite rapprochement entreles Gara mantes et les Romains.

L’introduction au Sahara de cette nouvelle arme de dissuasion aurait sonné le glas de la sécurité que le désert en tant que refuge impénétrable offrait aux Gara mantes. Il auraient, donc, eu avec cette apparition révolutionnaire, dont l’effet est similaire à celui qui a été produit par le nucléaire sur la psychologie nipponne, besoin de l’appui de Rome pour faire face à ce redoutable défi.

L’Origine des Maures: (Veme partie, fin de la première série)

Bien avant l’arrivée du Chameau qui fut une révolution et qui constitue, en soi l’un des principaux éléments de l’origine des Maures, de nombreux peuples cohabitaient dans cette partie de l’Afrique ( ifriqia) dont les cotes ont été fréquentées par les premiers voyageurs maritimes phéniciens .

Ainsi les lybico berbères ou Maurii, les Numiddians du littoral, les Gétules, les métis qui vivaient aux confins du Sahara, comme les Pharisiens, les Negri tes et les Gara mentes de même que les éthiopiens qui se déployaient entre le Wad de Suez jusqu’à la bordure d’Aljarid, tous ont vécu durant les ages les plus anciens dans cet espace.

C’est grâce aux renseignements fournis par l’une de ces collectivités , notamment les Gara mantes les quels ont été cités par Hérodote en 500 Avant JC, que les Romains ont pu, durant les siècles suivants, prendre connaissance des centres d’intérêt commercial, situés à l’intérieur de L’Afrique.

Les traces de ce commerce avaient disparu mais les publications relatives au sujet citent le diamant rouge en tant que marchandise en provenance du Sahara. Il se peut aussi que ce commerce avait pour objet une traite esclavagiste. On rapporte, à ce sujet, que les Gara mantes se lançaient, avec leur chars –quatre chevaux, à la poursuite de Ethiopiens.

Il est courant de rendre l’expression grecque Aithiops par ’’ L’homme au visage défiguré’’ ou autrement dit qui ’’ a été affecté et noirci par le soleil’’. Ce thème a fait l’objet d’une très franche discussion lors du colloque organisé à Dakar du 19 au 24 janvier 1976 sous le titre « l’Afrique noire et le monde de la méditerranée dans l’antiquité».

Pendant ces temps lointains, des éléments d’une race blanche, d’une grande taille , aux traits méditerranées et aux géants crânes, vivaient au milieu et au Nord du Sahara. Ces êtres avaient le visage quelque peu rectangulaire et les membres assez minces.

Ils avaient, donc, les éléments de la composition morphologique des actuels Touaregs. Dans les oasis du Sahara il y’avait les ha ratines qui cohabitaient avec des métis d’origine éthiopienne, évoqués par Hérodote et ils auraient été , selon certaines hypothèses non fondées , asservis par les Gara mantes de condition aisée.

En vérité, les Ha ratines qui ont subi, par la suite, des multiples influences, sont , plutôt , les rescapés de la déchéance qui a frappé leurs ancêtres les Gara mantes.

La grande entité territoriale que les œuvres gréco-latines appellent le Royaume des Gara mantes apparaît, en tout cas, comme l’unique Etat organisé en Afrique, au sud des terres qui furent la propriété de Carthage avant d’être conquises par Rome..

Les Gara mantes ont, selon ce que rapporte Hérodote dés 500 avant JC, affronté l’expansion romaine vers les frontières sud du Maroc mais ils ont été défaits par le Pro-consul Cornellius Palios ’’le petit’’ en 19 avant JC et complètement battus par le commandant du régiment africain en 69 après JC.

Il semble que, par la suite, le Royaume des Gara mantes est devenu un Etat tributaire de l’Empire romain. Toujours est-il que la fin du royaume des Gara mantes a été, par ailleurs, facilitée par l’avancée des Baffars ( Bafour) qui ont multiplié les attaques contre les anciens maîtres du Grand Sahara .

Certains auteurs soutiennent que ces Baffar sont d’origine juive et qu’ils avaient des comptes à régler avec les chrétiens agh roumans ( Gara mantes). Les juifs en réalité, on estime, généralement, que l’arrivée de la première vague importante d’immigrés juifs au Nord de l’Afrique , et précisément à Srinayka – (Burgha- Libye), s’est effectuée, probablement, à la fin du VI eme siècle avant JC.

En l’an 115 de l’ère chrétienne, les juifs se sont révoltés contre le pouvoir romain dans ce territoire. L’échec de cette révolte conduisit un grand nombre de juifs à prendre le chemin de l’Ouest. Il est , aussi, probable qu’une partie de ses juifs est restée dans les oasis du Nord du Sahara.

Certains même vont jusqu’à rattacher les deux peuples Foulbé et Soninké aux juifs venus , depuis des ages antiques, de l’Afrique du Nord .Mais de telles hypothèses relèvent de la pure spéculation.

En réalité, ces deux peuples seraient plutôt, le produit d’un mélange de races négrrito- berbères. Les géographes arabes ont, en tout cas, signalé la présence juive dans des anciennes agglomérations du Sahara comme la cité Banklabin ( sud est Mauritanie) ?

Plus récemment , le portugais Fernandes a écrit en 1506 – 1507 que des colonies de commerçants juifs prospères vivaient à Walata au XVIeme siècle. De même le célèbre al-Barteily ( m.1805), auteur de Fath ash-shakùur a évoqué la présencede ces commerçants juifs qui vivaient dans l’entourage des notables de Walata.

Des récits locaux font, également, part d’un ’’mellah’’, un quartier juif, qui existait dans l’actuel Wadane.. En règle générale, la présence des juifs dans le grand Sahara n’a été , cependant, signalée que dans les anciennes citées.

Il semble qu’ils n’ont pas été attirés par le mode de vie nomade en raison de leur vocation sédentaire laquelle avait, essentiellement, des motifs d’ordre commercial

ou de résidence provisoire. Les BafoursA vrai dire, parmi les tribus Moros précitées qui sont les ancêtres des Sanhadja et qui ontcombattu les Romains, les Bafours demeurent, jusqu’à nos jours, les moins connus.

Les sources arabes médiévales sont silencieuses à leur sujet. L’imaginaire collectif des Maures en fait des habitants légendaires.

En effet, a en croire les récits relatifs à la fondation des citées de l’Adrar : Tinigui, Abeir, cheinguiti , Wadane, ces citées ont été habitées bien avant la propagation de l’Islam ?

Les traditions orales, transmises de génération en génération, font de ces Bafours, les premiers habitants d’Azougu qui ont été anéantis, avec leur féroces chiens, par l’émir almoravide Abu Bakr ibnou Amer.

Le chercheur polonais T.Lewicki a , quant à lui, soutenu qu’ils appartiennent à l’une des tribus de la Maurétanie césarienne qui porte le nom de Baffars et qui a joué , durant le second siècle de l’ère chrétienne ,des rôles d’une grande importance en Afrique du Nord.

Les Bafours font, en réalité, partie des ancêtres des Sanhadja et des berbères du Sahara. La preuve de cette affirmation résulte, d’ailleurs, de leurs noms berbères qui sont restés connus jusqu’au XVIIeme siècle comme le nommé Galit ben Mahand et tant d’autres.

Les traces des Bafours indiquent qu’il s’agissait d’un puissant peuple berbère dont les composantes guerrières ont combattu dans les rangs des Almoravides. Dans ce sens, il est intéressant de noter que la collectivité actuelle des Téizegua (qui renferme en son sein des groupements Lemtouna.) affiliée aux Bafour fut l’une des tribus qui ont été à l’avant garde des armées lamta. A cette occasion, ils se sont, d’ailleurs, distingués par l’utilisation des boucliers lamtis qui ont été d’une mémorable efficacité.

Les indices probants de cette mission d’avant garde qui a été dévolue à des tribus Bafours découlent du fait indéniable que les éléments précurseurs du mouvement almoravide qui ont occupé l’Adrar étaient, essentiellement, issus de ces tribus.

C’est, d’ailleurs, pour cette raison que leur nom a été attribué à la montagne ’’Adrar an Bafour’’ qui signifie montagne des Bafours .Tout porte à croire que ces événements se sont déroulés au tout début du mouvement des Almoravides vers 1053 Après JC.

A ceci, s’ ajoutent d’autres indices qui indiquent que le Bafour avaient , comme les Sanhadja, un mode de vie pastoral dont l’illustration est apportée par l’existence dans l’actuel Hodh d’une marre qui s’appelle ’’la Bafouriya’’. Il faut dire que la carte humaine du Sahara, territoire des enturbannés, fut, à cette époque, assez complexe.

Ainsi, de la dizaine de tribus décrites par Ibnou Howghal , la mémoire almoravide écrite ne retient que quelques tribus Sanhadja qui vivaient au Nord du Sahara et qui ont fondé des Etats et des Royaumes dont , notamment, le Royaume de l’Awkar dans le Sud Est de la Mauritanie actuelle .

 



Article ajouté le 2007-06-17 , consulté 45 fois

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